Douces ou amères, les larmes soulagent toujours. Alfred de Musset
Il pleut.
Le ciel déverse sur moi ses tourments. Je les entends et je les vois. Ils sont électriques.
Je marche dans la rue et les gouttes de pluie inondent mon visage larmoyant et empourpré.
Les passants me regardent. Ma vue est trouble, je ne les distingue pas. Mais qu’importe !
Les tristes souvenirs me quittent et coulent dans les rigoles de la ville. Les déceptions et les difficultés de ma vie que j’avais étouffées jusqu’à présent s’entrechoquent pour pouvoir intégrer mes larmes et enfin déserter mon cœur tailladé.
Mon corps est secoué de sanglots, peut-être les derniers ! Mon âme a du mal à se débarrasser de toutes ces souffrances et ce désespoir qui l’ont accompagnée tant de temps.
La porte de mon être s’étant enfin ouverte, c’est un vrai cataclysme. Toutes ces paroles que j’entends encore, gravées dans mes sens, me désertent. Ces émotions emprisonnées qui me possèdent ne me laissent pas vivre.
Les gouttes d’eau de mon cœur s’écoulent comme d’amers torrents qui me brûlent à leur passage.
Je marche le regard vide, perdu. Rongé par le temps et la souffrance, il attend une étincelle pour y trouver un peu d’espérance.
Les derniers sursauts me maltraitent.
Regardant ruisseler mon passé, je guette l’instant magique où le soleil apparaîtra enfin.
Quand il se réveille en sursaut, une lune ronde inonde l'atelier d'une luminosité étrange. Sur le chevalet Célia semble vibrer. Il se secoue, se frotte les yeux, s'étire et regarde à nouveau.
- incroyable ! on dirait que tu es là ma sorcière. T'ai-je donc si bien rendue que tu sembles à l'étroit dans ce cadre ?
Il s'approche du tableau, le soulève. L'effet disparaît. Il le repose, les couleurs sous les rayons de lune chatoient. Il touche d'un doigt léger la toile. Elle est sèche. Il s'en saisit et descend gravement le petit escalier de charpentier. Il veille à la caler dans sa vieille Renault sans qu'elle ne soit effleurée par quoi que ce soit. Il la dorlote comme un bébé.
Sur le trajet du retour il chantonne. Cet aria lui vient comme s'il le connaissait depuis toujours. La fugue n° 3 de Célia monte en puissance, le timbre chaud de sa voix résonne dans le caisson de la voiture.
Elle regarde le tableau.
Elle dit la chaleur de la cuisse qui cogne contre le bois de la caisse, elle dit le mouvement de l'archet qui chauffe les cordes et la légèreté de la main pâle qui libère l'énergie, elle dit aussi le sein lourd qui vibre, et l'œil noir égaré dans son rêve musical. Elle raconte encore la fièvre qui saisit la joueuse, la sueur sur son front tout entier voué à la musique, ce front concentré et obtus qui ne pense pas, qui ne voit plus, qui n'entend que les variantes vibrations de l'instrument, qui rappelle que les deux corps de l'interprète et de l'instrument ne font qu'un tout.
Elle ne dit pas la ressemblance, elle ne dit pas le patient amour d'Etienne qui a reconstitué son instant d'intimité, elle ne dit pas non plus la puissance des teintes, ni tout ce verbiage technique des experts. Elle se tait, émerveillée, et l'expression éberluée de son visage est l'ultime récompense. Il contient à peine sa joie et ses yeux brillent de reconnaissance. Elle se tourne enfin vers lui.
Le silence entre eux, les mots n'ont plus de place.
J’ai écrit ce texte il y a quelque temps dans un moment de douleur. Depuis, le temps a fait son œuvre. Je vais mieux mais ne tiens pas à le publier sur mon blog. Cath m’a gentiment offert d’abriter ces mots dans son monde bleu. Merci ma belle amie…
Aspirée dans la spirale du néant, ma tête éclate sous la pression. Le cœur cogne dans la poitrine. Les idées s’enfoncent dans le noir d’une paranoïa insensée. Mourir à petit feu, mais mourir tout de même sans aucune main à tenir pour espérer et croire encore en la vie. Une douleur ancestrale qui remonte du fond de l’enfance. Un visage à facettes. La jolie poupée souriante n’est que façade. L’intérieur est chaos. Et je suis seule à pouvoir me sauver du naufrage inéluctable.
Même les mots ne suffisent plus à panser la brûlure qui consume un être en miettes.
Les larmes roulent à une allure prohibitive. S’il existait un radar à larmes, j’aurais été flashée. Mon permis de pleurer m’aurait été confisqué. Mais cela n’est que trait de penser. Pour éviter de penser. Penser aux gestes, aux zestes, aux miettes dont mon être est dépourvu.
Je vais aller ailleurs voir si j’y suis car ici à l’évidence, je ne suis plus rien.
Je repars sur le grand huit des montagnes russes de cette putain de dépression qui ne me lâche pas.
Je hurle mais nul n’entend. Même plus moi. Putain de mots…

TITEFEE, plume talentueuse qui publie sur Oniris, a pris ma nouvelle, La rose d'encre link
pour l'animer de sa voix. Merci TITEFEE.
Musique de fond : Romance, Mozart.

Ecrire est un acte d'amour, s'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. (Jean Cocteau)
Je pourrais dire que ce n'est pas moi qui suis allé chercher cette idée, mais que c'est elle qui est venue me chercher. Un jour je l'ai trouvée sur moi et depuis ce moment-là, elle ne m'a plus quitté. (Roberto Benigni)
Quand une chose est belle, elle devient réelle. (Roberto Benigni)
On n'écrit rien en dehors de soi, ça n'existe pas. (Marguerite Duras)
Je voudrais mais je ce n'est pas sûr que j'écrive ce livre. C'est aléatoire.
(Marguerite Duras, C'est tout)
S'il n'y a pas de musique dans les livres, il n'y a pas de livres. Ce qui veut dire que quatre-vingt-dix pour cent des livres ne sont pas des livres, mais des lectures, comme on lit le journal en prenant son bain. (Marguerite duras)
Commentaires