Acteplume

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 - Regarde Maman ! Elle s'est endormie dans mes bras !
 
  Lovée au creux de son épaule, Peluche, en effet, s'est assoupie. Une main douce et minuscule s'est nichée dans sa toison angora, noire et blanche. Les boucles sombres, brillantes, qui n'ont jamais vu les ciseaux, se mêlent aux poils soyeux.
Attendrissante harmonie, rassurante osmose, qui m'assure que c'est bien là ma fille, ma ressemblance, ma semblable: elle a ce besoin physique, charnel, de la compagnie des chats. Mieux : elle en a toujours eu la connaissance, et elle les considère avec un infini respect.
 
Yeux bruns ourlés de longs cils parfois clos dans ce plaisir paisible.
 
  Cette similitude morale qui nous unit m'égaie sans cesse. Egale, joyeuse, elle n'a de grognon que les éveils trop matinaux.  La comparaison s'arrête: elle est si longue, si brune...
 
  - Elle a de la race cette petite, m'a dit ma tante Hélène, c'est l'Espagne en une seule personne ! Regarde cette ligne, cette allure, ce regard doux, orgueilleux, perçant, cette chevelure ! Ah ! Cette chevelure, c'est somptueux ! Et ne les coupe
pas ! Quels beaux cheveux ! Elle sera grande ! Elle sera mince ! Le joli corps énergique qui est le sien ! Andalouse, comme son père ! Mais elle a tes pommettes hautes, ta bouche charnue et ton menton pointu ! Ton visage en forme de cœur !
Ah ! La belle enfant qui est la nôtre !
 
  Elle s'extasie. Elle flatte ? Jauge, évalue, décrit. Comme lorsqu'elle peint.
Elle dresse son tableau précis. S'émerveille. Comme font les adultes avec les enfants... L'homme n'aime rien tant que les petits d'homme. C'est bien.
 
  - Elle est réveillée ! Maman, elle veut du chocolat !
 
La chatte aux iris bleus déploie ses agates. S'étire, pattes de velours dans le cou de sa maîtresse de huit ans. Elles ont faim les gourmandes, elles veulent du chocolat.
Ma fille croque d'abord le petit oeuf praliné. L'autre bout est pour la féline qu'elle a
élevée dans les saveurs chocolatées des goûters cacaotés.
  - Arrête Peluche, tu fais des noeuds dans mes cheveux ! C'est pas des ficelles !
La coquine éclate de ce rire ample, fort, interminable, si étonnant, qui est le sien.
Paradoxe, ce rire impétueux, tonitruant, qui vient vêtir la voix claire, aigue, haut perchée, de ma brunette.
 
  - On va jouer dehors !
 
Je bondis la première, ouvre la porte, vérifie si le haut portail est fermé, lance mes recommandations de mère attentive:
 
- Pas près de la piscine ! Attention aux escaliers ! Doucement avec la trottinette !
Fais sortir la chienne du potager !
 
  Mais déjà le trio insolite court en tous sens: le boxer nerveux et svelte, la chatte espiègle, et la fillette que tous deux adulent... Amis d'enfance, ils sautent, inventent, improvisent, m'ignorent.
 
  J'en profite pour gagner le vieux secrétaire d'acajou, sans style, sans prétention, modeste dans sa coupe carrée, mais solide sous mon buste plié, mes coudes appuyés, abandonnés dans une nonchalance qui se voudrait concentration. L'encre indigo et fluide habille le papier, grain épais, rude au toucher. Les pages
s'emplissent.
 
  - J'ai soif ! Maman, s'il te plait, t'as du jus d'orange ?
 
Je range mon carnet, le long bloc de cinquante feuilles, plonge mes écrits dans le secret du meuble roux pour vaquer à ma mission de mère nourricière...
 
- Je vais voir la télé !
 
Et tandis que ma douce manie la télécommande, je regroupe trottinette et autres jouets dispersés, donne des croquettes à la chienne, attrape la chatte sous le bras...
 
  Enfin, je peux retourner à mon ouvrage.
 
Cependant, je trouve la porte de ma chambre fermée alors que je l'avais laissée béante ... La clenche obéit sous la pression de mes doigts ... Un bruit de chaise ...
Une porte de secrétaire qui claque précipitamment, affolement, deux beaux yeux écarquillés dans ce flagrant délit ... Sous les boucles adorables et désordonnées de ma frêle sauvageonne, la voix limpide et haletante me demande:
 
La...La fille ... aux llongues boucles de châtaigne, c'est moi ?
 
 
 
 
 
 
par Cathouche publié dans : La fille aux longues boucles de châtaigne communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs ajouter un commentaire commentaires (5)   
Ne pas se fier au titre. Ceci n'est qu'un inventaire ...
 
    Je ne suis pas chez moi. Ici, vous imaginez être dans ma maison. Sur l'acte de propriété vous lisez mon nom. Mais ici ce n'est pas chez moi.
 Si j'ai choisi les meubles avec lui, je n'ai pas décidé de leur place.
 Est-ce qu'ici est ma place ?
 Il y a ces bibliothèques de bois rare, de bois rouge, mes livres sont évidemment sur les étagères. Mes livres par ordre de grandeur. Plusieurs fois j'ai tenté de les classer par ordre alphabétique et par auteur. Il a pensé que ce n'était pas esthétique et la taille des livres est redevenue le critère.
 
 Est-ce que ce sont encore mes livres ?
 
 Au fond de la grand pièce, le salon. Beau canapé d'angle orange, avec des ocres parsemés, entièrement déhoussable. Sur les coussins ne dorment pas mes chats.
 Mes chats et mes livres.
 Mes chattes aux beaux poils longs et soyeux, blanches et noires, couleur pie, chacune avec des éclats différents, dehors ou au garage.
 Pourtant ce sont mes bêtes. Deux félines superbes ne me tiennent pas compagnie.
 Sur le canapé entièrement déhoussable, mon mari regarde la télévision. Elle doit être belle et cultivée pour qu'ainsi elle l'intéresse. Elle est posée sur un joli socle en céruse, discret, élégant. En son ventre clignotent magnétoscope et lecteur DVD. Ah, sur la petite tablette d'angle de ce support, je reconnais la cassette de notre mariage. Et je ne vois qu'elle.
 Et je pleure un peu, assise sur ma chaise en paille Louis XV, assortie à la table. Mille cinq cents francs au Troc, il y a longtemps. Trop longtemps peut-être ...
 
 
par Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (0)   

Ce texte-là...

          

 

Sur une feuille...

 Ecrire est un acte d'amour, s'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. (Jean Cocteau)

Je pourrais dire que ce n'est pas moi qui suis allé chercher cette idée, mais que c'est elle qui est venue me chercher. Un jour je l'ai trouvée sur moi et depuis ce moment-là, elle ne m'a plus quitté. (Roberto Benigni)

Quand une chose est belle, elle devient réelle. (Roberto Benigni)

On n'écrit rien en dehors de soi, ça n'existe pas. (Marguerite Duras)

Je voudrais mais je ce n'est pas sûr que j'écrive ce livre. C'est aléatoire.

(Marguerite Duras, C'est tout) 

S'il n'y a pas de musique dans les livres, il n'y a pas de livres. Ce qui veut dire que quatre-vingt-dix pour cent des livres ne sont pas des livres, mais des lectures, comme on lit le journal en prenant son bain. (Marguerite duras)

 

 

Traduire dans une autre langue ? C'est possible...


  

   

L'acte plume

L’acte plume n’est que toi, tout seul. Pour toi et parfois pour d’autres.

L’acte plume, c’est te poser, un moment, dans la folie ambiante, et oser le silence. Tout au bord de toi. Tu sais que tu vas te mettre en danger. Qu’en te retrouvant, tu risques de te perdre.

Le silence est celui qui t’anéantira de vide ou te propulsera ailleurs.  Il te sera, ou te fera violence. Te mettra à découvert. Sans un mot de celui-ci, tu resteras cloué sur place. Cette simple pensée te paralyse déjà. Mais trop de mots risquent aussi de te faire chuter.

Alors, tu guettes. Le premier frémissement. Celui qui te permettra l’envol.

Parfois, les vents sont favorables. Tu saisis alors des mots légers, des mots pleins de vie. Et t’envoles dans un grand éclat de rire. L’acte plume, c’est accepter le mot comme un cadeau cerf-volant et planer, armé d’un seul grand sourire.

Tu redoutes de voir apparaître les faux amis, ces doucereux, jolis mots. Tu sais que tu n’iras pas bien loin, avec eux. Il faudra donc te résoudre à ébouriffer le trop lissé. L’acte plume, c’est aussi savoir s’armer de patience, de vérité. Les mots réels, ceux qui te ressemblent, sans artifices, se cherchent pour mieux te trouver.

Celui que tu crains le plus, et pourtant le seul vrai voyage, aux issues incertaines, est l’acte plume aux forces dominantes. Il commence lorsqu’il fait noir. Qu’assaillis de mots fantômes, d’ombres, de spectres, les non-dits hurlent de souffrance. Avec eux, commence le combat. Entre toi et toi. A cause de qui, quoi ? Les causes seront tues. Tuées. Question de survie.

La plume est capricieuse. Rarement là où on l’attend. L’arme sera douce ou acérée. Vibrante ou tranchante. Mais la plume se doit d’être un acte.
 

Et cadeau. Même mortel.

Mais ici, chez Cathy, il est simple cadeau. Emballé de bleu.
 

Co errante, pour Cathy / Acteplume


Un autre texte cadeau : 

Bleu

offert par Blue Jam


   Le blues m'a rattrapé. Pas celui de la Nouvelle-Orléans. Non, l'autre. Celui qui fait souffrir. C'est la seule chose qu'elle m'ait laissé. Un bleu à l'âme. Dont acte. Je m'en suis accommodé. L'accepter représentait d'ailleurs la seule alternative viable, puisque cette amère blessure, je le savais, se raviverait continuellement. C'est un bleu infini qu'elle avait puisé dans sa palette.  

Depuis ma vie est monochromatique. Toute bleue. Mes tenues d'abord. De haut en bas, j'ai renouvelé tous mes vêtements. Beaucoup de bleu marine dans la mode. Tant mieux. Mes cheveux ensuite. Décoloration puis teinture. Mon coiffeur s'est régalé. Un bleu colbat distingué. J'ai commencé à avoir de l'allure.  

La maison ensuite. Nouvelle décoration. Parquet, papier-peint, carrelage et mobilier. Du bleu partout. Sans concession. Inattendu labeur que de dénicher des meubles bleus. J'ai dû en repeindre quelques-uns. J'ai opté pour le cyan, lumineux, apaisant. Et puis la façade, outremer, exotique.  

La maison transformée en annexe céleste avait extirpé de sa torpeur plus d'un congénère. Des volets bleus accrochés à des murs bleus. Incompréhensible ! Sans doute n'appréciaient-ils pas le bleu. C'est joli le bleu. Je me confonds avec lui.  

Et j'ai poursuivis avec conviction et vigueur dans le jardin. Le gazon vaporisé d'un bleu azur. Les feuilles des arbres badigeonnées d'indigo. Les ragots villageois ont alors attesté de ma folie. Personne n'avait encore jamais vu d'arbres bleus ! Et une pelouse ? Encore moins !  

Cette exubérance botanique avait effrayé voisins et amis. Les questions farfelues avaient fusés. Pourquoi diable ces arbres sont-ils bleus ? Et pourquoi pas après tout ? Cela avait été mon choix.  

Ma vie était devenue une toile bleue tendue sur l'infini. Des arbres bleus pour ne plus souffrir. L'admettre juste une fois.  

Un autre texte cadeau : 

Cathounille

offert par Mimi Pradoline
 

Un surnom qui rime avec chenille. Celui d’une amie. De mon amie.
Celle qui vit en Provence, dans un monde or et bleu.
Celle qui voue à sa perle claire l’amour indéfectible d’une mère aimante.
Celle qui offre ses mots à une muse lointaine. Femme amante d’un insaisissable aquilon soufflant sur une guitare métissée (sons tziganes encrés de Chine), elle explose de sensualité et de générosité.
Celle qui donne, donne, donne… et abrite nos émotions dans son nid azuré.
Celle qui pétille telle une bulle de champagne et se grise de poésie.
Celle qui parfois oublie. Qui parfois s’oublie. Qui parfois…
À toi, ma douce amie…
 

 


cathoune.JPG

 




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