Acteplume

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Secrets du rêve éveillé. Une femme échappe à l'emprise de la réalité ... juste un peu.

Embrasse-moi Nicolas. Plonge tes mains douces de guitariste dans mes cheveux longs. Entoure ma tête inclinée en arrière de tes bras enrôleurs.

Un regard enjôleur délie les souvenirs inachevés.

Tes yeux verts et mon sourire.

Joue tes harmoniques dans mon cou dépendant. Fais vibrer tes arpèges dans le creux de ma mémoire.

Nicolas regarde-moi. Serre mes épaules et ma taille comme tu aimes ta guitare. Qu'on ne me parle pas. Ce moment je veux le vivre. Qu'on me laisse ... ça ne va pas durer longtemps. Je promets de redevenir la même ensuite.

Le moment où je me retrouve face à toi par hasard, dans ce secrétariat. Après tout, tu fus élève ici. Et quand je surveille la cour, je marche dans tes pas. Machine à remonter le temps. Mille ans que ça dure.

Souris-moi Nicolas. Fais fondre mes éveils, annihile mes rebellions. Je me gorgerai d'une soumission éphémère.

Tes yeux ma partition.
Et mes rêves de jeune fille.

Ma main sur la part plus épaisse de ton bras. Ma main attrape la maille de ton tricot, palpe la chair offerte.
Des mots amoureux happent tes notes harmonieuses.

Embrasse-moi Nicolas. Tes yeux sont dans ma symphonie, mon histoire, mes fantasmes. La chanson de ton sourire. Détour d'une image inventée.

Passe tes bras autour de mes trêves...
Tes bras dans mes minutes volées. Quelques secondes en suspens avant la réalité.

Vous voyez, ça n'a pas pris un temps fou, je suis de retour, identique.

Un simple regard vert dans mes archives.

par Cathouche publié dans : autofictions ajouter un commentaire commentaires (3)   
 
  Dis Mam'... si tu devais écrire une lettre à Mimine, tu lui dirais quoi ?
 
  - Je ne sais pas ma chérie ... Et toi, si tu devais écrire à Peluche, tu mettrais quels mots dans ton cahier ?
 
  - Je mettrais... yeux bleus, bien sûr... et puis... chocolat. Et je lui dirais: c'est moi qui t'ai éduquée... euh, avec Mimine, vu que c'est ta mère !
 
  - Tu lui écris alors à Mimine ?
 
  - Oui... évidemment.
 
 
 
                        Ma très fidèle,


 
  Pour avoir illuminé depuis onze ans mes jours de tes regards, enchanté mes oreilles de tes appels, je fais de toi mon héroïne. Tu t'engouffres dans mon écriture.

Tu te faufiles entre les portes, entre les pots, sylphide noire, panthère.


 
  Mimine ma fidèle, je te dois beaucoup de choses, dont un émerveillement qu'aucune autre féline créature n'a su me procurer. 
  Tu avais quatre semaines, peut-être moins, quand je t'ai rencontrée. Une de mes petites élèves à l'oreille tendue et indiscrète m'avait dit: " - Un chat ? Vous voulez un
petit chat ? Noir avec des poils longs ? Mais justement, j'en donne ! Je dirai à ma mère de vous appeler..."



Le rendez-vous fut pris. 
  Mélanie et sa famille occupaient une maisonnette charmante, désuète, sise sur la colline. Une chatte noire, poils lustrés, courts, langoureuse, nous accueillit. " - C'est la mère des chatons, deux noirs et un gris ! Le père est un bel angora, c'est pour ça que les petits sont à poils longs !"

J'étais dubitative ...
 
  Convaincue lorsque les chenapans me furent présentés ... 
  Il s'agissait des chatons les plus communs, ternes, maigrelets, qui m'aient été montrés. J'aurais voulu fuir poliment, puiser en moi suffisamment d'audace pour affirmer: - Non, vraiment, ce n'est pas ce que je recherche, ils ne font pas l'affaire"...
mais deux coquines anodines frottaient leur nez contre le mien... fragrance de jeunes chats sous mes narines.

 
  Je te pris dans les bras abandonnant la grise et ses rayures cendrées. Adulte, elle eût fait une tigrée chinée présentable. En lieu de celle-là, je te tenais, chatonne d'ébène impure. Sur ton pelage couraient dix poils blancs, je soupçonnais que tu ne
serais pas angora, tu étais laide à miracle.
 
  A six mois, tu prenais les quarante mètres carrés de l'appartement pour un champ de bataille, où se livraient des luttes mystérieuses.  Tu déjouais des pièges inconnus.
Une chatte furieuse...  Tu balisais toutes les surfaces, horizontales et verticales.

Diablesse aux poils hérissés, tu t'endormais dans le secret des étagères à livres, à l'arrière inaccessible des meubles.
 
  Tu voulus sortir avec nous. Un soir que nous étions chez mes parents, tu t'échappas au moment de partir... " – Mimine ? Mimine ?!". Tu appris ce soir-là à revenir au son de ma voix ...  Déjà tu te prenais pour un chien...
 
  A ce jour tu n'es pas mon unique chatte, mais tu es celle de ma vie. Pas de celles qui passent, immaculées, soyeuses, s'invitent, se posent, repartent. Tu m'adules. Tu
m'attaches. Tu me donnes quelquefois du souci, petite curieuse, effrontée, chasseuse, amoureuse des ténèbres...

  Dans notre nouvelle maison (mais que t'importent les maisons pourvu que je sois là), dernièrement, tu fouinais à foison dans le vide sanitaire, tu t'y dissimulais. Je t'appelais, tu revenais. Dimanche, tu es demeurée dans le vide sanitaire malgré mes
sollicitations, ma lampe de poche... Lundi, j'ai pensé in petto que ta blague était de mauvais goût. Mardi... Je suis sortie alentour, je t'ai sifflée. Grognement, feulement discret, miaulement plaintif, mon oreille fine t'a repérée.


Hélas Mimine, que faisais-tu sous terre ? Le vide sanitaire voisin ! Un trou ? Espace béant connu de toi seule ? Impossible d'obtenir que tu fisses machine arrière. La panique était ta maîtresse. Chose étrange car à l'accoutumée tu ne crains pas l'obscurité. Les voisins ? En vacances dans le Vercors... – Allo ? Ho là là ! Nous allons faire de notre mieux ... Anticiper notre retour ... Vendredi...


 
  C'est aujourd'hui vendredi. Ils tournent la clef dans la serrure, traversent la maison (j’emboîte leurs pas), ouvrent la porte de service, le cellier ...

 
  Mimine ! Tes prunelles teintées de quercitrine sur moi se posent. Elles disent tu es belle, je te vénère, je t'attendais.  Ma voisine s'affole: Mais donnez-lui à boire !
La pauvre, toute sèche ! Depuis le temps ! Elle s'active, te présente un bol d'eau fraîche. Ton iris rivé sur mon visage, tu déclines l'offre. Je me baisse. Te caresse comme tu aimes, dans un effleurement. "- Bois, Mimine". Une dernière lueur
d'admiration et tu étanches ta soif ... 

  Tu t'es conduite en écervelée. Je devrais te gronder!
 
  Mais tu es si... 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
par Cathouche publié dans : La fille aux longues boucles de châtaigne communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs ajouter un commentaire commentaires (2)   
 
  Tourne petit manège, tournoie. Fais danser tes personnages enluminés Azalée la bicolore grignote les marguerites. Pollux en laine moirée, flavescente, chien d'Asie aux airs de cobaye péruvien ...
 
 Tourne, petit manège, fredonne ton air joyeux, laisse couler tes notes vibrantes dans les ressorts de Zébulon ...
 
 Ne cesse pas, joli carrousel, ta ronde polychrome...  je dodeline de la tête. Tu me berces et je m'endors...
 
 
  - Zébulon ! Zébulon, viens manger ! Oh ! La belle queue de Zébulon !
 
 Je m'éveille au son de la voix de ma mère. La voix des plus beaux yeux du monde.
Toute La Méditerranée dans son regard baigné d'amour.
 
 Le chat en boule contre mon ventre s'étire un peu. Frétillement léger dans sa toison chaude, il hésite.
 
- Tu vois bien ! Tu ne sais pas y faire ! Viens mon chat, viens voir Papa !
Le cochon d'inde couine, la chienne s'affole, mais le chat... décide de lustrer sa fourrure blanche et tigrée jusqu'à ce qu'un miroitement parfait habille sa queue de lynx.
 
- Ah ! La belle queue de Zébulon !
 
Compliment réitéré de ma mère qui effleure du revers de sa main le superbe apparat.
 
- Il m'a mordu ! Ingrat ! Je suis fâchée ! Si tu as faim, demande à ta sœur !
 
Sa sœur ? C'est bien de moi qu'il s'agit ! Zébulon projette sur mon visage son regard d'amande. Yeux scintillants cerclés de noir  me ravissent. Il se lève, descend du canapé,  appendice diapré en panache. Va terminer sa sieste sur la chaise paillée
qu'il n'oublie pas de lacérer au passage.
 
- Ce chat est un voyou ! Pirate !
 
Dernières récriminations de la maîtresse de maison qui n'est pas rancunière, et n'a aucune autorité... sur Zébulon.
- Viens Belle, on va faire du café!
L'épagneul pie rouge fait mine de n'entendre rien,  museau abandonné sur les genoux de l'homme de sa vie.
- Ma chérie ? Ma chérie, tu viens ?
 
Pour ma part je n'y échappe pas, et ne souhaite rien tant que m'enivrer de l'odeur du café. Fragrance subtile ... 
  Ecoulement du liquide brun dans la cafetière, parfum d'enfance, claquement, écrasement des gouttes de café ajoutées les une aux autres, délicieux crépitement,  crachement final qui indique que le café est prêt. Grains de café moulus dés le matin, parfum saturé ...
Café du matin, du midi, du goûter, parfois café au lait du soir ... Bisous aromatisés au café ... 
 
  Je m'éveille. Un film a remplacé le dessin animé. Le manège enchanté ne tourne plus. C’était une rediffusion exceptionnelle : "Les émissions de votre enfance". 
 
- Ca y est Maman, tu dors plus ? 
 
Une cascade de boucles brunes chatouille mes narines. Le doux éveil pour le beau rêve! Mes mains plongent dans la masse brune. Soie. Plaisir. Mes mains enroulent les mèches. Amour sur mes poignets. Mes doigts entortillent les spirales. Vagues douces qui ondulent.
 
Par delà les anglaises caressantes, j'entends la voix de ma mère qui peste après son teckel, je perçois l'effluve capiteux, enivrant ...
 
- Alors Maman, tu viens dans la cuisine ? P'tit' Mèm' a fait du café !
 
  Tourne petit manège, tournoie...
 
 
 
par Cathouche publié dans : La fille aux longues boucles de châtaigne communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs ajouter un commentaire commentaires (1)   
 
C'est comment avoir un bébé dans son ventre ? Tu sentais quoi quand j'étais dedans ?
 
  Il y a eu le moment où le docteur m'a annoncé que je te portais.
 
Dans la rue j'ai marché et donné mes sourires à la vie. Dans la rue j'ai tourné et peint des couffins ronds, des cercles d'amour velours. J'aurais voulu du miel et du sirop d'érable, juste parce que je savais.
 
Ma main a effleuré mon nombril comme on caresse le pouvoir.
 
  Il y a eu le moment où j'ai compris que c'était vrai. Ma tête a tourné et l'ivresse est venue. Affolée, terrorisée, folle de cette joie vertigineuse d'être, je ne sais pas
pourquoi, une autre.
 
  Il y a eu les photos de toi dans moi. Nous avons donné un prénom aux petits gestes adorables et l'étonnement nous offrait ses lueurs tendresse. J'ai croqué des abricots et lapé la glace à la vanille.
 
  Il y a eu les larges tuniques pour protéger mon ventre devenu berceau ...
 
  T'as jamais eu la nausée ?
 
  Je ne m'en souviens pas ...
 
Ma mémoire n'a pas gardé de nuits douleur ou de spasmes aigres.
Je ne sais plus les angoisses qui bourdonnent à l'oreille.
 
 
  Et le jour où tu m'as faite ?
 
J'ai fermé les yeux très fort, j'ai mis mon coeur dans mon ventre pour que tu le mettes en toi. Je n'ai pas pleuré, c'était plus grand que ça. J'ai arrêté de vivre une seconde avant ton cri. Et j'ai respiré en accord avec toi.
 
  Et Papa ?
 
De ses bras il a fait une forteresse et vous avez conjugué les verbes qui n'existaient pas alors. Il s'est regardé dans tes yeux.
 
  Et t'as ressenti quoi ?
 
 
  Mon amour, c'est comme si j'étais devenue la plus belle du monde ...  
 
par Cathouche publié dans : La fille aux longues boucles de châtaigne communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs ajouter un commentaire commentaires (4)   
 
(Un inédit, exclusivité du blog !)
 
 
  Elle m'attendait à l'arrêt de bus. Tous les soirs à dix-sept heures elle jappait, s'énervait derrière la porte, gémissait, expliquait à la maîtresse des lieux que c'était l'heure.
Elle s'ébrouait, guillerette et courait sans zigzaguer sur trois cent mètres pour aller s'asseoir, imperturbable, sous l'abribus.
 
  Là, elle attendait. Parce que c'était l'heure et qu'avec l'heure on ne plaisante pas.
Elle était belle comme sont nom l'indiquait. Il y avait quelques taches pie rouge disposées sur sa toison blanche. Elle frisait à la collerette et au derrière !
 
  Souvent quand nous allions en promenade, des chasseurs proposaient de l'acheter. Nous n'aurions cédé Belle pour rien au monde ! Une épagneule douce, à la truffe coquine, juste un peu boudeuse mais si familière et affectueuse !
 
  Elle m'attendait à l'arrêt de bus. J'étais fière parce que c'était unique. C'était un bien joli rendez-vous. Elle me faisait la fête et me montrait le chemin qui mène à la maison. Parce qu'on ne sait jamais, j'aurais pu ne pas savoir rentrer !
 
  Elle m'attendait à l'arrête de bus tous les jours de la semaine. Alors moi le dimanche je l'emmenais à la mer, dans les calanques où sur le port, à la mise à l'eau des bateaux. Parce que son plaisir suprême, c'était de prendre un bain salé !
Les gens la regardaient, comprenaient sa joie. On vivait ça comme un moment suspendu.
  Elle sortait du bain presque forcée. Les poils collés un peu poisseux, elle séchait en route, marchait devant, se retournait régulièrement pour s'assurer qu'elle me tenait bien à l'autre bout de la laisse !
 
  Notre goûter était toujours prêt quand on arrivait !
La maîtresse de maison lui donnait une petite douche tiède pendant que je prenais un bain chaud !
Le soir, on regardait la télé en famille, Belle, Zébulon le chat, ma petite soeur, mon père, ma mère et moi ! Avec ma soeur on s'allongeait autour de Belle sur le tapis et on lui faisait des papouilles. Zébulon préférait le canapé et le calme !
 
  Elle m'attendait à l'arrêt de bus. Tous les soirs à cinq heures quand je revenais de l'école. Y'en avait pas deux comme elle !
 
  Y'a un monsieur dans le quartier qui promène un bel épagneul qui lui ressemble : tout blanc avec des taches rousses bien nettes et des frisouilles au derrière. Peut-être que son chien se retourne de temps à autres pour vérifier si son homme est au bout de la laisse ...
Ce qui est sûr, parce que ça se devine au premier coup d'oeil, c'est que son chien n'est pas à vendre...
par Cathouche publié dans : La fille aux longues boucles de châtaigne communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs ajouter un commentaire commentaires (1)   
 
 - Regarde Maman ! Elle s'est endormie dans mes bras !
 
  Lovée au creux de son épaule, Peluche, en effet, s'est assoupie. Une main douce et minuscule s'est nichée dans sa toison angora, noire et blanche. Les boucles sombres, brillantes, qui n'ont jamais vu les ciseaux, se mêlent aux poils soyeux.
Attendrissante harmonie, rassurante osmose, qui m'assure que c'est bien là ma fille, ma ressemblance, ma semblable: elle a ce besoin physique, charnel, de la compagnie des chats. Mieux : elle en a toujours eu la connaissance, et elle les considère avec un infini respect.
 
Yeux bruns ourlés de longs cils parfois clos dans ce plaisir paisible.
 
  Cette similitude morale qui nous unit m'égaie sans cesse. Egale, joyeuse, elle n'a de grognon que les éveils trop matinaux.  La comparaison s'arrête: elle est si longue, si brune...
 
  - Elle a de la race cette petite, m'a dit ma tante Hélène, c'est l'Espagne en une seule personne ! Regarde cette ligne, cette allure, ce regard doux, orgueilleux, perçant, cette chevelure ! Ah ! Cette chevelure, c'est somptueux ! Et ne les coupe
pas ! Quels beaux cheveux ! Elle sera grande ! Elle sera mince ! Le joli corps énergique qui est le sien ! Andalouse, comme son père ! Mais elle a tes pommettes hautes, ta bouche charnue et ton menton pointu ! Ton visage en forme de cœur !
Ah ! La belle enfant qui est la nôtre !
 
  Elle s'extasie. Elle flatte ? Jauge, évalue, décrit. Comme lorsqu'elle peint.
Elle dresse son tableau précis. S'émerveille. Comme font les adultes avec les enfants... L'homme n'aime rien tant que les petits d'homme. C'est bien.
 
  - Elle est réveillée ! Maman, elle veut du chocolat !
 
La chatte aux iris bleus déploie ses agates. S'étire, pattes de velours dans le cou de sa maîtresse de huit ans. Elles ont faim les gourmandes, elles veulent du chocolat.
Ma fille croque d'abord le petit oeuf praliné. L'autre bout est pour la féline qu'elle a
élevée dans les saveurs chocolatées des goûters cacaotés.
  - Arrête Peluche, tu fais des noeuds dans mes cheveux ! C'est pas des ficelles !
La coquine éclate de ce rire ample, fort, interminable, si étonnant, qui est le sien.
Paradoxe, ce rire impétueux, tonitruant, qui vient vêtir la voix claire, aigue, haut perchée, de ma brunette.
 
  - On va jouer dehors !
 
Je bondis la première, ouvre la porte, vérifie si le haut portail est fermé, lance mes recommandations de mère attentive:
 
- Pas près de la piscine ! Attention aux escaliers ! Doucement avec la trottinette !
Fais sortir la chienne du potager !
 
  Mais déjà le trio insolite court en tous sens: le boxer nerveux et svelte, la chatte espiègle, et la fillette que tous deux adulent... Amis d'enfance, ils sautent, inventent, improvisent, m'ignorent.
 
  J'en profite pour gagner le vieux secrétaire d'acajou, sans style, sans prétention, modeste dans sa coupe carrée, mais solide sous mon buste plié, mes coudes appuyés, abandonnés dans une nonchalance qui se voudrait concentration. L'encre indigo et fluide habille le papier, grain épais, rude au toucher. Les pages
s'emplissent.
 
  - J'ai soif ! Maman, s'il te plait, t'as du jus d'orange ?
 
Je range mon carnet, le long bloc de cinquante feuilles, plonge mes écrits dans le secret du meuble roux pour vaquer à ma mission de mère nourricière...
 
- Je vais voir la télé !
 
Et tandis que ma douce manie la télécommande, je regroupe trottinette et autres jouets dispersés, donne des croquettes à la chienne, attrape la chatte sous le bras...
 
  Enfin, je peux retourner à mon ouvrage.
 
Cependant, je trouve la porte de ma chambre fermée alors que je l'avais laissée béante ... La clenche obéit sous la pression de mes doigts ... Un bruit de chaise ...
Une porte de secrétaire qui claque précipitamment, affolement, deux beaux yeux écarquillés dans ce flagrant délit ... Sous les boucles adorables et désordonnées de ma frêle sauvageonne, la voix limpide et haletante me demande:
 
La...La fille ... aux llongues boucles de châtaigne, c'est moi ?
 
 
 
 
 
 
par Cathouche publié dans : La fille aux longues boucles de châtaigne communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs ajouter un commentaire commentaires (5)   
Ne pas se fier au titre. Ceci n'est qu'un inventaire ...
 
    Je ne suis pas chez moi. Ici, vous imaginez être dans ma maison. Sur l'acte de propriété vous lisez mon nom. Mais ici ce n'est pas chez moi.
 Si j'ai choisi les meubles avec lui, je n'ai pas décidé de leur place.
 Est-ce qu'ici est ma place ?
 Il y a ces bibliothèques de bois rare, de bois rouge, mes livres sont évidemment sur les étagères. Mes livres par ordre de grandeur. Plusieurs fois j'ai tenté de les classer par ordre alphabétique et par auteur. Il a pensé que ce n'était pas esthétique et la taille des livres est redevenue le critère.
 
 Est-ce que ce sont encore mes livres ?
 
 Au fond de la grand pièce, le salon. Beau canapé d'angle orange, avec des ocres parsemés, entièrement déhoussable. Sur les coussins ne dorment pas mes chats.
 Mes chats et mes livres.
 Mes chattes aux beaux poils longs et soyeux, blanches et noires, couleur pie, chacune avec des éclats différents, dehors ou au garage.
 Pourtant ce sont mes bêtes. Deux félines superbes ne me tiennent pas compagnie.
 Sur le canapé entièrement déhoussable, mon mari regarde la télévision. Elle doit être belle et cultivée pour qu'ainsi elle l'intéresse. Elle est posée sur un joli socle en céruse, discret, élégant. En son ventre clignotent magnétoscope et lecteur DVD. Ah, sur la petite tablette d'angle de ce support, je reconnais la cassette de notre mariage. Et je ne vois qu'elle.
 Et je pleure un peu, assise sur ma chaise en paille Louis XV, assortie à la table. Mille cinq cents francs au Troc, il y a longtemps. Trop longtemps peut-être ...
 
 
par Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (0)   

Ce texte-là...

          

 

Sur une feuille...

 Ecrire est un acte d'amour, s'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. (Jean Cocteau)

Je pourrais dire que ce n'est pas moi qui suis allé chercher cette idée, mais que c'est elle qui est venue me chercher. Un jour je l'ai trouvée sur moi et depuis ce moment-là, elle ne m'a plus quitté. (Roberto Benigni)

Quand une chose est belle, elle devient réelle. (Roberto Benigni)

On n'écrit rien en dehors de soi, ça n'existe pas. (Marguerite Duras)

Je voudrais mais je ce n'est pas sûr que j'écrive ce livre. C'est aléatoire.

(Marguerite Duras, C'est tout) 

S'il n'y a pas de musique dans les livres, il n'y a pas de livres. Ce qui veut dire que quatre-vingt-dix pour cent des livres ne sont pas des livres, mais des lectures, comme on lit le journal en prenant son bain. (Marguerite duras)

 

 

Traduire dans une autre langue ? C'est possible...


  

   

L'acte plume

L’acte plume n’est que toi, tout seul. Pour toi et parfois pour d’autres.

L’acte plume, c’est te poser, un moment, dans la folie ambiante, et oser le silence. Tout au bord de toi. Tu sais que tu vas te mettre en danger. Qu’en te retrouvant, tu risques de te perdre.

Le silence est celui qui t’anéantira de vide ou te propulsera ailleurs.  Il te sera, ou te fera violence. Te mettra à découvert. Sans un mot de celui-ci, tu resteras cloué sur place. Cette simple pensée te paralyse déjà. Mais trop de mots risquent aussi de te faire chuter.

Alors, tu guettes. Le premier frémissement. Celui qui te permettra l’envol.

Parfois, les vents sont favorables. Tu saisis alors des mots légers, des mots pleins de vie. Et t’envoles dans un grand éclat de rire. L’acte plume, c’est accepter le mot comme un cadeau cerf-volant et planer, armé d’un seul grand sourire.

Tu redoutes de voir apparaître les faux amis, ces doucereux, jolis mots. Tu sais que tu n’iras pas bien loin, avec eux. Il faudra donc te résoudre à ébouriffer le trop lissé. L’acte plume, c’est aussi savoir s’armer de patience, de vérité. Les mots réels, ceux qui te ressemblent, sans artifices, se cherchent pour mieux te trouver.

Celui que tu crains le plus, et pourtant le seul vrai voyage, aux issues incertaines, est l’acte plume aux forces dominantes. Il commence lorsqu’il fait noir. Qu’assaillis de mots fantômes, d’ombres, de spectres, les non-dits hurlent de souffrance. Avec eux, commence le combat. Entre toi et toi. A cause de qui, quoi ? Les causes seront tues. Tuées. Question de survie.

La plume est capricieuse. Rarement là où on l’attend. L’arme sera douce ou acérée. Vibrante ou tranchante. Mais la plume se doit d’être un acte.
 

Et cadeau. Même mortel.

Mais ici, chez Cathy, il est simple cadeau. Emballé de bleu.
 

Co errante, pour Cathy / Acteplume


Un autre texte cadeau : 

Bleu

offert par Blue Jam


   Le blues m'a rattrapé. Pas celui de la Nouvelle-Orléans. Non, l'autre. Celui qui fait souffrir. C'est la seule chose qu'elle m'ait laissé. Un bleu à l'âme. Dont acte. Je m'en suis accommodé. L'accepter représentait d'ailleurs la seule alternative viable, puisque cette amère blessure, je le savais, se raviverait continuellement. C'est un bleu infini qu'elle avait puisé dans sa palette.  

Depuis ma vie est monochromatique. Toute bleue. Mes tenues d'abord. De haut en bas, j'ai renouvelé tous mes vêtements. Beaucoup de bleu marine dans la mode. Tant mieux. Mes cheveux ensuite. Décoloration puis teinture. Mon coiffeur s'est régalé. Un bleu colbat distingué. J'ai commencé à avoir de l'allure.  

La maison ensuite. Nouvelle décoration. Parquet, papier-peint, carrelage et mobilier. Du bleu partout. Sans concession. Inattendu labeur que de dénicher des meubles bleus. J'ai dû en repeindre quelques-uns. J'ai opté pour le cyan, lumineux, apaisant. Et puis la façade, outremer, exotique.  

La maison transformée en annexe céleste avait extirpé de sa torpeur plus d'un congénère. Des volets bleus accrochés à des murs bleus. Incompréhensible ! Sans doute n'appréciaient-ils pas le bleu. C'est joli le bleu. Je me confonds avec lui.  

Et j'ai poursuivis avec conviction et vigueur dans le jardin. Le gazon vaporisé d'un bleu azur. Les feuilles des arbres badigeonnées d'indigo. Les ragots villageois ont alors attesté de ma folie. Personne n'avait encore jamais vu d'arbres bleus ! Et une pelouse ? Encore moins !  

Cette exubérance botanique avait effrayé voisins et amis. Les questions farfelues avaient fusés. Pourquoi diable ces arbres sont-ils bleus ? Et pourquoi pas après tout ? Cela avait été mon choix.  

Ma vie était devenue une toile bleue tendue sur l'infini. Des arbres bleus pour ne plus souffrir. L'admettre juste une fois.  

Un autre texte cadeau : 

Cathounille

offert par Mimi Pradoline
 

Un surnom qui rime avec chenille. Celui d’une amie. De mon amie.
Celle qui vit en Provence, dans un monde or et bleu.
Celle qui voue à sa perle claire l’amour indéfectible d’une mère aimante.
Celle qui offre ses mots à une muse lointaine. Femme amante d’un insaisissable aquilon soufflant sur une guitare métissée (sons tziganes encrés de Chine), elle explose de sensualité et de générosité.
Celle qui donne, donne, donne… et abrite nos émotions dans son nid azuré.
Celle qui pétille telle une bulle de champagne et se grise de poésie.
Celle qui parfois oublie. Qui parfois s’oublie. Qui parfois…
À toi, ma douce amie…
 

 


cathoune.JPG

 




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