Dis Mam'... si tu devais écrire une lettre à Mimine, tu lui dirais quoi ?
- Je ne sais pas ma chérie ... Et toi, si tu devais écrire à Peluche, tu mettrais quels mots dans ton cahier ?
- Je mettrais... yeux bleus, bien sûr... et puis... chocolat. Et je lui dirais: c'est moi qui t'ai éduquée... euh, avec Mimine, vu que c'est ta mère !
- Tu lui écris alors à Mimine ?
- Oui... évidemment.
Ma très fidèle,
Pour avoir illuminé depuis onze ans mes jours de tes regards, enchanté mes oreilles de tes appels, je fais de toi mon héroïne. Tu t'engouffres dans mon écriture.
Tu te faufiles entre les portes, entre les pots, sylphide noire, panthère.
Mimine ma fidèle, je te dois beaucoup de choses, dont un émerveillement qu'aucune autre féline créature n'a su me procurer.
Tu avais quatre semaines, peut-être moins, quand je t'ai rencontrée. Une de mes petites élèves à l'oreille tendue et indiscrète m'avait dit: " - Un chat ? Vous voulez un
petit chat ? Noir avec des poils longs ? Mais justement, j'en donne ! Je dirai à ma mère de vous appeler..."
Le rendez-vous fut pris.
Mélanie et sa famille occupaient une maisonnette charmante, désuète, sise sur la colline. Une chatte noire, poils lustrés, courts, langoureuse, nous accueillit. " - C'est la mère des
chatons, deux noirs et un gris ! Le père est un bel angora, c'est pour ça que les petits sont à poils longs !"
J'étais dubitative ...
Convaincue lorsque les chenapans me furent présentés ...
Il s'agissait des chatons les plus communs, ternes, maigrelets, qui m'aient été montrés. J'aurais voulu fuir poliment, puiser en moi suffisamment d'audace pour affirmer: - Non, vraiment,
ce n'est pas ce que je recherche, ils ne font pas l'affaire"...
mais deux coquines anodines frottaient leur nez contre le mien... fragrance de jeunes chats sous mes narines.
Je te pris dans les bras abandonnant la grise et ses rayures cendrées. Adulte, elle eût fait une tigrée chinée présentable. En lieu de celle-là, je te tenais, chatonne d'ébène impure. Sur ton
pelage couraient dix poils blancs, je soupçonnais que tu ne
serais pas angora, tu étais laide à miracle.
A six mois, tu prenais les quarante mètres carrés de l'appartement pour un champ de bataille, où se livraient des luttes mystérieuses. Tu déjouais des pièges inconnus.
Une chatte furieuse... Tu balisais toutes les surfaces, horizontales et verticales.
Diablesse aux poils hérissés, tu t'endormais dans le secret des étagères à livres, à l'arrière inaccessible des meubles.
Tu voulus sortir avec nous. Un soir que nous étions chez mes parents, tu t'échappas au moment de partir... " – Mimine ? Mimine ?!". Tu appris ce soir-là à revenir au son de ma voix
... Déjà tu te prenais pour un chien...
A ce jour tu n'es pas mon unique chatte, mais tu es celle de ma vie. Pas de celles qui passent, immaculées, soyeuses, s'invitent, se posent, repartent. Tu m'adules. Tu
m'attaches. Tu me donnes quelquefois du souci, petite curieuse, effrontée, chasseuse, amoureuse des ténèbres...
Dans notre nouvelle maison (mais que t'importent les maisons pourvu que je sois là), dernièrement, tu fouinais à foison dans le vide sanitaire, tu t'y dissimulais. Je t'appelais, tu
revenais. Dimanche, tu es demeurée dans le vide sanitaire malgré mes
sollicitations, ma lampe de poche... Lundi, j'ai pensé in petto que ta blague était de mauvais goût. Mardi... Je suis sortie alentour, je t'ai sifflée. Grognement, feulement discret, miaulement plaintif, mon
oreille fine t'a repérée.
Hélas Mimine, que faisais-tu sous terre ? Le vide sanitaire voisin ! Un trou ? Espace béant connu de toi seule ? Impossible d'obtenir que tu fisses machine arrière. La panique était ta maîtresse. Chose étrange
car à l'accoutumée tu ne crains pas l'obscurité. Les voisins ? En vacances dans le Vercors... – Allo ? Ho là là ! Nous
allons faire de notre mieux ... Anticiper notre retour ... Vendredi...
C'est aujourd'hui vendredi. Ils tournent la clef dans la serrure, traversent la maison (j’emboîte leurs pas), ouvrent la porte de service, le cellier ...
Mimine ! Tes prunelles teintées de quercitrine sur moi se posent. Elles disent tu es belle, je te vénère, je t'attendais. Ma voisine s'affole: Mais donnez-lui à boire !
La pauvre, toute sèche ! Depuis le temps ! Elle s'active, te présente un bol d'eau fraîche. Ton iris rivé sur mon visage, tu déclines l'offre. Je me baisse. Te caresse comme tu aimes, dans un effleurement.
"- Bois, Mimine". Une dernière lueur
d'admiration et tu étanches ta soif ...
Tu t'es conduite en écervelée. Je devrais te gronder!
Mais tu es si...
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