Acteplume

  • : Catherine Peintre, Acteplume...
  • textescourts
  • : Ecriture livres
  • : Ecrire, et laisser des images naviguer sur le web. Bouteilles à la mer ? Pas totalement... N'hésitez pas à donner votre avis grâce aux commentaires pour m'aider à évoluer dans mon écriture et la configuration de mon blog... A vous lire aussi !
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Commentaires

Rechercher

IMG-0733-a.jpg

LEYLA

Fort des conseils de ma petite prof de dessin,  j'ai entrepris "à l'envers" le portrait d'une Suédoise aux pastels secs, à la maison. J'ai repris mon dessin à l'endroit à la fin pour le peaufiner. C'était plus vraiment une Suédoise... mais bon.
Pierre-Luc
 
par Cathouche publié dans : Ils, elles, dessinent ou photographient pour Actep communauté : La gazette des blogs ajouter un commentaire commentaires (5)   

                                           7

  La fenêtre était close, le froid sévissait, mais la pièce était chauffée, il y faisait bon vivre. Léa frottait son nez contre la vitre. Elle s’émerveilla. Elle s’émerveillait toujours.

- Oh Thomas ! Regarde cet arbre, il est si beau !

Le marronnier se couvrait de franges d’or, parsemées de notes vertes, rousses. Dans l’agonie de leur vol descendant les feuilles vermeilles, les feuilles safran tanguaient, navires perdus, pour s’écraser doucement sur d’autres feuilles, mortes déjà. Certaines, pudiques, attendaient, patientes, la chute de leurs compagnes, pour n’être pas vues.

Par endroits choisis le soleil donnait à l’arbre un air de fête. Et lorsque le vent sifflait plus hardiment, les feuilles organisées en chorale de clochettes tintinnabulaient. C’était beau, c’était gai, ces couleurs velours dans le matin froid.

- Ah oui ! Il est très beau ton arbre…

- Non, Thomas. Tu ne le trouves pas beau cet arbre, pas « très beau » en tout cas. Tu ne dirais pas que c’est le mien si tu l’aimais, si tu le trouvais aussi beau que tu le dis.

- Allons Léa, tu sais bien que je dis vrai… Bon, j’avoue : il est à ton goût donc il est beau mais… on s’en fout, ça n’a pas d’intérêt. Tu me suffis. Je n’ai besoin de rien à part de toi…

Le temps reprit-il, le temps commence avec toi. Il commence avec nous. Hors de nous rien n’existe. Jamais rien avant, ni famille ni enfance. Rien avant, rien avant…

En moins de deux jours les feuilles de l’arbre avaient pris une teinte surannée, monotone… La nature languissait. Au pied du marronnier se formait un nid de feuilles, recouvrant l’herbe. L’automne posait son tapis.

Léa s’habilla sous le regard bleu.

- Pourquoi t’habiller ? On sort ?

- On ne sort pas mais ce n’est pas une raison pour traîner au lit ainsi, nus !

Visiblement elle était de bonne humeur.

- Puisque ma tenue te choque, je vais définitivement me couvrir !

Il riait.

- Oh mais je te l’interdit ! S’habiller d’une manière définitive ce n’est pas convenable !

Ils riaient…Afficher l'image en taille réelle

 
                                          8

 

  … N’avaient plus d’hier ni de lendemain, oubliaient totalement ce qui n’étaient pas eux, ne concernait pas leur présent.

Il avait enlevé sa montre, l’avait posée sur une table. Pourquoi donc se serait- il préoccupé du temps ?

… Il a sa main dans les cheveux de Léa et ses regards sont dans les siens qui ont la couleur du soleil, elle a l’amour sur son visage et leurs parfums ne font plus qu’un…

… Les mouettes crient qu’elles ont faim au-dessus des tartanes, la mer est sale, agitée : le vent d’Est a drainé les ordures vers la côte…

 

                                           9

undefinedIls s’aiment. Leurs voix sont la musique d’une harpe sublime et les notes d’Epicure résonnent en eux comme un délicieux leitmotiv.

Tous les arbres sont nus, pauvres et dévêtus. 

  Ils s’aiment. Et le monde peut s’écrouler des milliers de fois à leurs pieds. Plus de place pour le reste. Ils s’aiment. Et pourquoi n’en auraient-ils pas le droit ? Ils s’en foutent que leur bonheur t’agace, te fasse mal, ils n’ont pas de temps à te consacrer ou à perdre en futilités. Le bonheur c’est vraiment trop sérieux. Ils s’aiment. Pas de temps à perdre. Pas de temps. Ils s’aiment. Amour torture et rien à prouver. L’un de l’autre ils n’ont plus rien à découvrir. 


Ils se savent. Savent les courbes de leurs corps, même les plus sinueuses. Savent le goût de leurs peaux. Et le délire verbal.

Les mots n’expriment plus au-delà. Ils disent je t’aime. .. 

 

                                        10

  Ils s’aiment sans cesse et leurs cœurs sont exténués. Ils n’ont pas conscience que c’est insupportable. Paroxysme du bonheur, paroxysme de la misère. Maladie incurable…

La nuit est fort avancée, Thomas ne dors pas, n’y arrive pas. Sous un bouillon de couvertures, dans un nid

d’édredon, Léa depuis longtemps a trouvé le sommeil. Il la regarde. Des songes impénétrables. Seule avec elle-même.

Qu’elle se réveille, maintenant. Il voudrait que ses yeux s’ouvrent. Que sur lui se pose leur dur éclat. Pourquoi ce repos qu’il ne saisit pas ? Lui qui porte un mal fastidieux dans son cœur, a dans les yeux la vague dolente d’une certaine mer…

(In La rose d'encre, nouvelles, Editions LM, 1988)

par Cathouche publié dans : Nouvelles communauté : La gazette des blogs ajouter un commentaire commentaires (6)   
    Afficher l'image en taille réelle                                    2

  Souffrir à cause d’un être aimé. Etre atteint dans son amour propre. Refuser qu’il soit connu, et apprécié. Craindre de le surprendre pensant à quelqu’un d’autre. 

Ce fut le drame de Léa. Son cœur souffrait d’un mal étrange, mais répandu : il était malade d’aimer. Entre la jalousie et la confiance, souffrance aux portes de la passion : mal assassin.

Rongée d’amour elle avait jugé nécessaire de se séparer momentanément de Thomas. Vivre seule dans une chambre d’hôtel en ville pour se retrouver un peu.

Mais retrouver quoi ? Une solitude pesante. Un visage défait, mélancolique. Et constater qu’on n’existe pas sans le regard de l’autre.

Des jours durant Léa resta prostrée sur le tapis usé. Interdiction d’approcher la porte, la fenêtre, le lit, téléphone, plume, enveloppes. Somnifères pour dormir. Ignorer la sonnerie du téléphone, harcèlement, Thomas à l’autre bout du fil, tremblements, dépression.

Dans une chambre au décor incertain il la découvrit sur le seul, allongée en chien de fusil, sommeil presque paisible. Ayant flairé sa présence elle s’éveilla bientôt et ses yeux jaunes sourirent immédiatement parce qu’ils se noyaient déjà dans une Méditerranée bienveillante…

Elle avait été bien dérisoire cette séparation éphémère… Cependant dans Léa il y avait tant de paradoxes qu’il ne fallait s’étonner de rien.

La vie reprit, simple et tranquille. Les amants de l’amour réintégrèrent leur hôtel, leur chambre douillette vue mer, se reconnurent sous l’écume des draps, dans leurs moires insolentes. 

On ne vit bien que d’amour. Avoir du bonheur, du bonheur, du bonheur au risque de ne plus en avoir du tout ensuite. Et au moins une fois être tour à tour fragile, soumis, déchiré, aimé, et vainqueur et amant.

Elle lui dit nous ne nous séparerons plus jamais. Paroles en résonance dans sa tête à lui. Mélodie sourde. Soulagement. Il ne souffrirait plus jamais, elle ne serait plus jamais incompréhensible, paradoxale, il n’aurait plus jamais peur.

La source du bonheur coule sous le temple de l’amour… si son cours reste régulier.

                                      3

  Rien ni personne ne les auront jamais empêchés de s’aimer. Nulle contrainte, nul imposteur n’intervinrent dans leur vie. Seul le temps dans sa marche inlassable fut leur compagnon de route.

Un été s’achève sur les dernières heures du mois d’août, s’efface au profit des clairs nuages d’automne, des plages blondes, désertes, des plages fades. Méditerranée pâle, fatiguée. Mois tristes annoncés. Souvenirs, joies, rires, musiques champêtres, amours que l’on regarde s’enfuir dans l’impuissance, la gorge nouée, le ventre douloureux, et ultime marque d’un été déjà passé, encore et hélas, la peau bronzée cachée sous des vêtements plus chauds…

Plage, lieu de promenades, longues marches. Le goût du sel s’estompe sur les peaux brunes. L’automne s’impose…

A l’ombre du grand corps rassurant Léa profitait de la nuit claire, constellée. Mâle tiédeur. Ventre offert aux lèvres chaudes. Yeux clos. Grande main de l’homme en errance, suspendue, tremblante sur le beau visage de Léa frôlait les paupières, la bouche, le cou. Attardement. La grande main se posa, se nicha. Et Thomas s’endormit.

                                          4

  L’horloge sonna huit heures. Léa passa ses longs doigts dans ses cheveux à peine décoiffés, s’étira, se leva pour ouvrir la fenêtre. L’air matinal s’infiltra par les volets mi-clos. Fraîcheur enveloppante. Elle se tourna vers le lit et contempla son amour endormi, vulnérable, presque trop fragile, beau. Ses cheveux châtains semblaient une soie magique et froissée qu’on aurait jetée là par mégarde, comme un foulard de femme. Ses yeux s’ouvrirent avec lenteur. Yeux du chat. Ils étaient les yeux de la mer, pleins de son mouvement et de sa grâce, de son calme aussi.

-Quelle heure est-il ? bâilla Thomas.

- Huit heures et des poussières.

Léa était de nouveau près de la fenêtre, le front appuyé sur le volet défraîchi, pensive.

- Thomas ?

- Oui…

Elle avait mis au fond de sa voix les restes de ses intonations de fillette. Celles de la gamine qui s’apprête à mentir, sure d’être crédible.

Elle dit je suis persuadée que tu ne m’aimes pas. Il se fâcha, répondit arrête, ça m’agace, ce n’est fondé sur rien ou sinon sur tes humeurs.

Malgré le ton cassant, la voix irritée de celui que l’on brusque au réveil, bien loin d’être démontée, elle poursuivit.

- Je suis persuadée que tu ne m’aimes pas. Si je te demande certaines choses tu ne les feras pas.

- Par exemple ?

Elle ordonna sois infidèle. Il fut stupéfait. Pensa qu’elle était folle. Quelle était encore cette folie ? Ne pourrait-il jamais avoir un bonheur simple ? Pourquoi fallait-il qu’elle le persécute avec des idées tordues ?

Il flottait dans cette chambre une atmosphère de comédie bouffonne.

Thomas décida d’en savoir plus. Percer l’excentricité.

- Et pourquoi te serais-je infidèle ?

- Parce que je le demande…

- Mais cela prouverait l’inverse si je te trompais !

Elle affirma que non, au contraire. Faire des choses folles pour elle…

Il murmura Léa tu divagues, et moi aussi je vais devenir fou. Il était triste parce qu’il sentait qu’elle était sérieuse, il était déçu, désappointé.

- Thomas, je te le demande : es-tu capable de me tromper ?

- Non.

- Je te demande de le faire.

- C’est non et c’est définitif.

- T’as pas le choix…

- Cela suffit, ça n’a rien d’amusant.

Il criait presque.

- Ou tu le fais, ou je pars.

Plus bas elle ajouta :

- Ou tu m’aimes à la folie ou je meurs. D’ailleurs la mort n’a rien de terrible, c’est une extravagance.

- Alors elle te ressemble, dit-il d’une voix presque inaudible, ou bien c’est toi qui lui ressemble.

Elle laissa quelques secondes en l’air, harcela de nouveau.

- Tu le feras ?

- Je t’en prie…

- Tu le feras n’est-ce pas ?

- Léa écoute un peu…

- Je m’en moque. Alors ?

- N’insiste pas…

- J’insiste. C’est oui ?

- Oui.

Il ne put rien dire de plus. Des larmes dans la gorge.

Il flottait dans cette chambre une atmosphère moite, lourde, dans les yeux de Léa une lueur jaune, et son regard redoutable fixait Thomas, comme un oiseau de proie fixe son impuissante victime. 

Brusquement elle se radoucit :

- Alors cet après-midi nous irons nous promener et je désignerai l’objet de notre pari, ou de notre contrat, ou appelle ça comme tu veux ! Donc je choisirai une fille quelconque, et toi, tu lui feras la cour. Si tu m’aimes tu la séduiras.

Elle paraissait ravie de son projet. Et lui dit je t’aime.

Ils s’étaient promenés, et longtemps, mine de rien, elle avait scruté les visages, jaugé les formes, prenant garde à chaque détail. A la fin elle avait choisi, décidé, avant d’aller s’asseoir plus loin, visage de bronze face à la mer.  

                                      5

  Thomas charma et peu de jours plus tard conduisit dans une chambre chaude cette jolie fille, brune comme un pain d’épice. Gourmandise. Il trouva du plaisir à l’aimer malgré la pensé de Léa. Cette beauté lancinante lui gonfla le cœur d’orgueil et le corps de désir. Il exista pour une autre, même si c’était absurde.

Léa lui manquait, il avait besoin d’elle, de sa présence magique, des flammes de ses regards. Il ne supportait pas l’idée de lui être infidèle, mais ne répugnait pas de l’être. Epreuves endurées avec dégoût et plaisir. Ombres et lumières sur sa vie comme une éthique trahie.

Des jours moururent et des nuits naquirent, mais un beau matin, mise à fin d’heures cruelles, Léa se retrouva lovée, sans savoir trop comment, dans les bras familiers. Son premier geste fut alors de l’enlacer à son tour, puis elle déposa un baiser sur son torse large. Et elle s’abattit sans pudeur sur son malheur. Thomas reconnu, adoré, ce Thomas qu’elle aima, qu’elle ne sut pas aimer, maladroite dans le matin froid. Et l’on s’embrasse, et l’on s’étreint, douceur, caresses, anéantissement. Léa, honteuse et heureuse. Par sa faute, Thomas avait mal agi, envers et pour elle il s’était mal conduit. Mais qu’importait ! Il lui revenait ! Jamais il n’avait cessé de lui appartenir !

 Pudiques, ils passèrent sous silence leur mésaventure : elle ne lui demanda pas de raconter ses tristes ébats, il ne l’interrogea pas sur ses sentiments. Etait-elle satisfaite, déçue ? Dérisoire, car elle l’avait ce matin-là recueilli en son sein, comme lorsqu’ils étaient ensemble un amour noble. Du temps de leur beauté, de leur pureté.

Les flots noirs sur lesquels s’agite l’écume mousseuse se fracassent sur les rochers polis, s’achèvent sur les plages meurtries, déferlent sur le sable et les cailloux qui vont et viennent avec les vagues violentes ; le mistral brûle, glace, tranche, sec et invulnérable. Mistral si familier nous surprend par ses rafales magistrales, impétueuses.

Laisse dans son sillage un ciel limpide et sème des fleurs mortes sur son passage. 

                                                                                    6

Ils étaient les amants du plaisir qui glissaient dans le foisonnement des draps chauds, qui passaient des heures à se bader, à se sourire, ils n’avaient ni passé ni avenir, mais l’amour pour éternité.

Il riait Thomas, dents de bel homme, bouche ouverte et gorge tendue. Recevoir le liquide frais d’une source occultée.

- Je serais quoi sans toi?

Elle rétorqua que cela ne pouvait être, hypothèses inutiles, qu’elle voudrait bien voir ça… Il la trouva bien simple…

- Je ne me pense pas naïve, moi ! répliqua-t-elle.

- Loin de moi cette idée… Pas dans le sens de candide, non, mais aujourd’hui… tu n’es pas compliquée…

Elle lui promit de faire attention désormais. Il la regarda tendrement.

- Ne fais plus attention à rien, va. Oublie tout… Aime-moi…

- C’est la seule chose que je sache faire, conclut-elle, t’aimer…

Ils vivaient un amour magnifique : aucun regret, aucun passé. Ils étaient leur propre démiurge…  

(à suivre)

 


par Cathouche publié dans : Nouvelles communauté : La gazette des blogs ajouter un commentaire commentaires (5)   
   La chambre, les ombres et cette nuit. Salive écoeurante, acide, noue et racle sa gorge desséchée. Vaincre cette solitude qui l'enlace et l'isole au fond d'une amère nostalgie. Eclairer cette pièce hostile, lueur qui projette, sur la nudité des murs, la triste bigarrure d'un chapeau de lampe, sale. S'emparer d'un livre décoratif qui demeurera vierge, sous le regard du ciel ténébreux que pas une étoile n'illumine...

Se souvenir...         Afficher l'image en taille réelle

  ... La pluie était si fine qu'elle semblait échapper des nuages crémeux, plafond sous le ciel, et l'avenue, peuplée d'espace et de flaques d'eau sombre, lui appartenait. Les gouttes fouettaient, frappaient, caressaient et glissaient sur ses cheveux désordonnés, odeur commune. Sous les cils trempés, le ciel en coulure, évadé. 

  Ils apparurent soudain comme dans un rêve, image floue. Bleu dolent de la Méditerranée. Ils étaient les yeux de la mer, regard malade, qui fixent inlassablement un horizon invisible, ils venaient de surgir de nulle part, et plus rien d'autre qu'eux n'existait, tout venait de disparaître. 

  Il lui demanda si elle n'était pas gênée par cette pluie de juin, lui proposa de l'abriter sous son large et noir parapluie. Elle le remercia d'une voix mal assurée, sans cesser de regarder ses pupilles diluables. Ses cils avaient la transparence du doute, la cautèle féminine dans le battement souple.

    Et il se mit, disert, à la questionner sans relâche. Où pouvait-elle bien résider, ne s'étaient-ils pas déjà croisés, se promenait-elle souvent alentour par ce temps-là... Foule de questions auxquelles elle ne répondit pas. Elle fixait l'azur qui flottait sur l'écume sage de la sclérotique. 

L'endroit était humide. L'odeur du café l'ôta de sa rêverie vague. Il avait terminé son soliloque. Contemplait le mur, raisonnable. 

 Sur la plage un jeune épagneul chassait un papillon indigo. En accord avec chaque mouvement de l'insecte.  

   Nerveuse, Léa ordonna ses courts et soyeux cheveux blonds, le regarda avec une ombre de regret et s'empressa de dire il faut que je parte, il est tard maintenant. Il répondit par un sourire triste qui voulait bien la laisser partir, petite biche mi-craintive, mi-docile, aux immenses yeux roux. 

  - Croyez-moi : je voudrais rester, mais...

  - Je comprends. Cela n'a pas d'importance. 

  Grave et ténébreuse sa voix mentait, mes les mots qu'elle formulait entraient en Léa. Musique lubrique. Chaude. Dominante. 

  Après un court silence il dit vous ne partirez pas, vous allez rester ici, parce que c'est exactement ce que vous désirez le plus: rester, que je vous enlace, que je vous aime, que je vous dise quoi faire. 

  Et le soleil se baignait rouge dans les flots trop salés. Caressé par les vagues lascives. Blanches et bavardes mouettes. Survol. 

  Et ce soleil du Midi peut témoigner encore qu'il a vu l'amour éclore dans des draps de satin vert et que de ses rayons moirés il a effleuré des coussins de lumière. 

  Thomas se réveilla avec une sensation de lourdeur à l'épaule, sur laquelle reposait, tranquille, la tête de Léa.

  Elle avait adopté un maître unique, mue par un amour infaillible, soudain. Elle ouvrit les yeux. Dans son coeur la soumission débonnaire des heureux. 

Il caressa longtemps ses trop courts cheveux de sable, lui prépara un jus d'orange démesuré. Après l'avoir lavée il l'habilla. 

  Il posa la question. Dis-moi, tu m'aimes?

Elle répondit oui je t'aime, un peu contre son gré, en songeant qu'elle eût préféré le lui crier sur un coup de tendresse, plutôt que sur sa demande. Mais avait-elle encore la force de lutter? Etait-elle seulement orgueilleuse face au sentiment à l'étrange puissance que lui inspirait Thomas?

Elle ressentait le jus d'orange qu'il lui avait fait boire comme un liquide indigne, la toilette qui n'avait point été la sienne, intime, comme quelque chose d'humiliant. 

  A pas comptés de chat il la surprit dans sa rêverie. Dans le cou il l'embrassa. Elle se laissa étendre sans protester sur le lit froissé, emportée par son singulier parfum. 

  Il bâilla dis-moi encore que tu m'aimes... 

Elle envoya je t'aime, je t'aime, je t'aime, dans un sourire et un étirement. 

  -On parle? Nous n'avons encore parlé de rien.

  - Je ne crois pas qu'autre chose que "nous" puisse nous intéresser!

  - Parle-moi de toi...

 -  Moi? Je t'aime. Je t'aime alors j'existe.

 - Moi aussi, et c'est la seule chose dont je suis certain. Si j'avais su que je te rencontrerai sans doute aurais-je été plus heureux.

  Puis, comme les coeurs se fatiguent à aimer ils se rendormirent, prenant bien soin d'annihiler tout espace qui les eût séparés. 

  Dans le sud l'été donne une autre dimension à la vie. Mais de cela les vacanciers ne peuvent rendre compte. Apprécier la munificence de l'été. Endurer alors la rude explosion des trois autres saisons. Guetter le degré révélateur. Reconnaître la teinte sombre et splendide que revêt sa Majesté La Méditerranée pour ses jours de parade? Sentir la gifle du mistral devenir effleurement. Entendre las bateaux amarrés trop longtemps ronger leurs cordes. 

  Thomas et Léa étaient nés ici. Jolie mer. Soleil doré. Point commun...  

Allongés sur le matelas dénudé, ils offraient leurs corps à la chaleur étouffante de l'après-midi.

  - Quand je serai mort... commença-t-il.

  - Que dis-tu?

  - Quand je mourrai, je te laisserai tout ce que j'ai.

Léa souffla, presque méprisante:

  - Quand tu seras mort, tu viendras habiter en moi. Mais tu ne mourras jamais: la mort, c'est une histoire d'adulte, pas une histoire d'amour. Or l'amour c'est toi, la mort ce n'est pas toi.

  - Mais... nous sommes adultes! 

  Il riait comme d'un enfant émouvant, il riait. Elle avait dit quelque chose d'absurde et de beau à la fois. Il riait avec sur les lèvres l'empreinte d'une bête douce et câline, l'empreinte de la tendresse.

 

  - On est adulte reprit-elle, quand on a conscience qu'il existe autre chose que l'amour, autre chose que celui qu'on aime. Moi, je ne suis pas adulte. 

  Moi, je, toi, tu, nous, quelquefois un "on" glissé dans la conversation, véritable intrus. Il ne définit rien, désigne tout, se veut intégré au "nous" du plus égoïste sentiment: l'amour d'un seul, le convulsif, le magnifique... 

  Mise à part la présence de quelques groupes de vacanciers et d'habitués, Léa et Thomas auraient pu se croire seuls sur la plage. Rassasiés des bains tièdes, leurs corps allongés sur un amas de rabanes et de serviettes, séchaient, heureux de sentir une certaine fatigue les pénétrer comme un vin chaud. 

  Leur peau était brune à croquer, leurs muscles si durs sous le bronzage, majestueux. Vigueur délicate dédiée à l'amour, à la chair, à la volupté. Indécents. Admirables.

Léa écoutait la musique des vagues. Fracas contre les rochers. Elle écoutait le vent léger siffler son air monotone. Elle écoutait la respiration rassurante de Thomas. Elle aimait sa facilité à ne rien dire, cette façon de rendre délicieux les silences. Elle n'aimait pas les mots qui se chuchotent dans les moments de joie. Elle aimait les mots francs, criés, inexorables, ceux qui frappent, touchent au coeur sans détour. Lourds de sens, chargés. 

  Je l'aime pensait Thomas, tandis qu'il s'étonnait encore des yeux au regard dur et fier comme un or clair qui tranchait sur ce si beau visage. Galbe parfaitement dessiné, nez court très droit, fier lui aussi, mais sans prétention. Je l'aime. Sable presque blanc des fins cheveux. Je n'ai jamais aimé ainsi, avec un tel besoin de sa présence et une telle indifférence pour son passé. Si elle était mon type de fille, je comprendrais. Même pas! Elle a la poitrine trop rare et les hanches trop accusées, elle a des yeux trop grands, trop durs, et elle est peut-être trop petite... Jamais plus je n'aimerai quelqu'un aussi fort. 

 

  Léa se tourna sur le sable pour saisir les derniers rayons du soleil. Lorsque l'ombre recouvrit totalement la plage, elle posa la tête sur le ventre encore tiède de son compagnon. 

  Tard dans la nuit, un promeneur solitaire vit un homme porter la masse fragile de sa maîtresse endormie, entrer dans un hôtel paisible qui offrait sa façade à la mer. 

Le matin, alors que le soleil s’infiltre à travers les volets et se pose, conquérant incontestable des corps, sur les lits défaits, on a l’impression de se trouver, victime nue, aux portes de l’ennui.

Doucement énervée, de cette excitation mauvaise qui donne envie de pleurer, crier, se taire, s’esseuler, Harmonie se disait que la vie ne pourrait plus rien lui apporter de grand, de merveilleux.

La vie se voulait généreuse, elle lui avait offert l’amour et ce sublime instant de bonheur, délicieuse extase, coup de foudre, quand, pour la première fois, son regard s’était posé sur les yeux bleu marine de Thomas’. Non, ils n’étaient pas vraiment beaux, mais ils avaient l’air égarés, ils recherchaient quelque chose d’indicible, loin, très loin, si loin que les yeux de Léa ne pouvaient les y suivre. Cela l’avait rendue heureuse.

Thomas était entré dans sa vie sans crier gare, elle l’avait accueilli comme une eau bienfaisante qui la sortait de l’habitude et de l’ennui. Il l’en avait nettoyée.

Cependant elle reprenait des habitudes. L’habitude de dormir au creux de l’épaule de Thomas, poser la tête sur son ventre tiède à la plage, le laisser prendre la majeure partie des initiatives. Mais elle s’était surtout promis de l’aimer envers et contre la raison…

Et puis quoi ? N’étaient-ce pas des habitudes agréables ?

Les bras solides de Thomas étreignirent sa taille. Réveil.

Sur combien de corps allongés ces bras s’étaient-ils posés ? Combien de visages ces lèvres un peu charnues avaient-elle caressés ? Combien furent-elles celles qui crurent que Thomas était l’amour de leur vie ? 

En quelques secondes ces questions envahirent la pensée de Léa, et sans réfléchir elle demanda :

- Parle-moi des autres, de tes conquêtes. Parle-moi d’avant moi.

D’abord surpris par cet accueil inhabituel, il lui répondit comment ça avant toi ? Elle rétorqua tu vois très bien ce que je veux dire.

- Serais-tu jalouse ?

- Non, mais il faut que je sache où j’en suis. Dis, s’il te plaît.

Face à une telle insistance, besoin de savoir qu’il décelait en elle, à son anxiété, visage tendu prêt à boire les phrases qu’il dirait, à s’en imbiber, il décida de lui apprendre ce qu’elle désirait connaître.

Avant toi j’ai aimé un peu comme on aime pour passer le temps, se divertir, j’ai aimé selon mes goûts. Toujours des amours brèves. Le plus souvent c’était des brunes très belles, très grandes, très douces. Mes mains aimaient jouer dans leurs chevelures obscures, leurs nuits épaisses. Mais cela durait si peu. Je me lassais vite. Toujours le même style de filles. Je recherchais, je crois, un idéal.

- Et après moi quoi ? L’idéale petite blonde ?

Léa s'attrista.

- Si seulement tu pouvais comprendre à quel point je t’aime, ma souffrance lorsque je ne te touche pas, même si tu es à deux pas de moi. Si seulement tu pouvais comprendre…

Il se tut et Léa ne répondit rien. Son inquiétude avait fondu sous le flot de paroles, sous l’intonation triste et émue de la voix. Mélodie très pure.

Elle se serra tendre et timide contre lui, et presque imperceptiblement, dans une attitude qui pourtant ne lui ressemblait pas, elle demanda pardon.  


(à suivre)

                                        

par Cathouche publié dans : Nouvelles communauté : La gazette des blogs ajouter un commentaire commentaires (4)   

Duo de Cath avec Pierre-luc


20-tasdepois.jpgJe ne connais pas La Bretagne, tu ne connais pas La Provence. Montre-moi la marée, je t'offre tous les bleus, des plus sombres aux plus éclatants...

 

T'as tout vu : La Tunisie, Le Québec, la vie, les gens, les oeuvres, t'as tout vu. Sauf La Provence.

 


J'ai rien connu : j'ai peur de la hauteur, j'ai peur de me perdre, désorientée et sans boussole. C'est comment La Bretagne ? Je ne sais rien sinon le bleu.

 


Celtique, Oc, des origines. Les rochers, bruns, blancs, le granit, le grès. Pour le tableau on les mélange. Les animaux marins, morue, daurade. La patisserie, crèpes de farine, la claire, la noire, crèpe des jupes et des jupons, navettes à l'orange on my space. Le cidre, le doux rosé. L'ivresse.

Un océan. Mare nostrum. Les gens réservés, l'empathie.

 


La froidure mouillée, c'est l'hiver. Les printemps radieux. 19991230_pellegrin_mer_rochers.jpg

Les accents différents mais on les reconnait. La province romaine, tôt française, la sauvage qui se donna mais plus tard.

 


C'est comment La Bretagne ? La marée et Le Mont Saint Michel. Tu ramasses les coquillages quand l'eau se retire ? Je marche sur les oursins et je t'assure que ça pique et je pique tout le bleu qui existe pour garnir ma palette. C'est comment ta musique ? Ca fait quoi le chant celte quand tu le prends en plein ventre ?

 


Mais comme toi, je connais la giffle du vent, le parfum du sel, l'horizon qui part comme une flèche jusqu'où personne ne voit...

par Cathouche publié dans : Duos de Cath avec... communauté : papierlibre ajouter un commentaire commentaires (6)   
 
Comme on glisse sur un mot
J’étais pas à ma place
Sur les tags qui dansaient,
Si c’est mes dernier tears
on a drunky foggy boat
 
I quitte you, demain si tu veux
I’ll let my shadow on a paper
I’ve in a rainy street mind
Your skin like a mad sea
 
Si c’était a dream encore
i said you’re still a pretty girl
but they dont’t know
little girl on a blue bridge
kind wind glisse sur tes yeux
 
They told you’re so kind
Je sais que t’es loin
I know it’s today, you read
My tears put on yours lips
A kind girl as you are
 
I quitte you, demain si tu veux
I’ll let my shadow on a paper
I’ve in a rainy street mind
Your skin like a mad sea
 
Comme on glisse sur un mot
J’étais pas à ma place
Sur les tags qui dansaient
Si c’est mes last news
on my drunky foggy boat
 
they wanted something else
             a joke on a blog , a sweet com’
a thank’s you gave on seven
           your tears in a chelsea ’s cry
alone like a drunky boat
 
I quitte you, demain si tu peux
         I’ll let my shadow on a paper
I’ve in a rainy street mind
        Your skin like a mad sea 


www.bill-past-john.com
 
par Cathouche publié dans : Mes invité(e)s. Pour accueillir vos textes ! communauté : papierlibre ajouter un commentaire commentaires (9)   
IMG-0724-a.jpgEtre autodidacte en dessin, en peinture. C’est bien. Mais suivre quelques cours d’art plastique c’est bien aussi. Hou, les tâches sur les taches aquarelles. Le colmatage des perspectives en fuite. Le travel sur le carnet de voyage.

Puis être le seul garçon au beau milieu de dix filles, c’est pas mâle non plus. Un cavalier chouchouté enchanté. Ha, le prof va être absent trois petites séances, mince.

 

Je prends un peu de temps pour te montrer mon dessin de mercredi soir. C'est une petite prof en remplacement, une peintre qui ne fait que du portrait. Elle nous a appris le pastel sec. En noir et en blanc. Pour commencer. On n’aura que trois cours avec elle.

La photo de départ est mise à l'envers. Et on doit s'atteler à mettre des taches sans penser aux organes le nez, le menton etc. Ne penser qu'à la forme et à la teinte des taches. S'affranchir du travail de reconnaissance calculatoire des visages du cerveau. Ne pas faire les contours avant non plus. Etendre rapidement les taches à partir du centre : le nez par exemple etc... En plus commencer par le pastel blanc sur le papier blanc (gloups !) et mélanger le noir ensuite.

Donc je commence et j'y arrive pas du tout. Je vois pas le blanc sur blanc. Je bigle un max, lol. Je vois les filles qui foncent sur leur dessin, comme des furies, et ça y va autour de moi. Pfff des rapides. J'en prends mon parti et me dis : tu es vraiment nul PL. Bon, à force je tire quelques taches et fais un peu de contours pour me rassurer (tant pis). Et la prof arrive. Je m'attendais à : bon je vais vous montrer. Mais elle dit : chouette, whoua, quel mouvement dans votre tableau ! Hein ? Je me recule, et beh oui c'était pas mal. Hou, ça m'a motivé pour la suite...

A la fin on a tous retourné les tableaux et : Surprise !  Et moi de dire : elle est passée sous un train, oui...

Enfin, j'ai pas dit, mais j'étais content quand même.

Bon après, il faut normalement le reprendre un peu, à l'endroit, quand même. Mais j'en avais assez, et je veux pas détruire mon mouvement. Je passe à autre chose.

Pis la prochaine fois on en fera un autre, à l’endroit. Ouf, LOL !
 

 

Pierre-Luc, Blog un-cavalier.

 

par Cavalier publié dans : Ils, elles, dessinent ou photographient pour Actep communauté : La gazette des blogs ajouter un commentaire commentaires (8)   

Ce texte-là...

          

 

Sur une feuille...

 Ecrire est un acte d'amour, s'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. (Jean Cocteau)

Je pourrais dire que ce n'est pas moi qui suis allé chercher cette idée, mais que c'est elle qui est venue me chercher. Un jour je l'ai trouvée sur moi et depuis ce moment-là, elle ne m'a plus quitté. (Roberto Benigni)

Quand une chose est belle, elle devient réelle. (Roberto Benigni)

On n'écrit rien en dehors de soi, ça n'existe pas. (Marguerite Duras)

Je voudrais mais je ce n'est pas sûr que j'écrive ce livre. C'est aléatoire.

(Marguerite Duras, C'est tout) 

S'il n'y a pas de musique dans les livres, il n'y a pas de livres. Ce qui veut dire que quatre-vingt-dix pour cent des livres ne sont pas des livres, mais des lectures, comme on lit le journal en prenant son bain. (Marguerite duras)

 

 

Traduire dans une autre langue ? C'est possible...


  

   

L'acte plume

L’acte plume n’est que toi, tout seul. Pour toi et parfois pour d’autres.

L’acte plume, c’est te poser, un moment, dans la folie ambiante, et oser le silence. Tout au bord de toi. Tu sais que tu vas te mettre en danger. Qu’en te retrouvant, tu risques de te perdre.

Le silence est celui qui t’anéantira de vide ou te propulsera ailleurs.  Il te sera, ou te fera violence. Te mettra à découvert. Sans un mot de celui-ci, tu resteras cloué sur place. Cette simple pensée te paralyse déjà. Mais trop de mots risquent aussi de te faire chuter.

Alors, tu guettes. Le premier frémissement. Celui qui te permettra l’envol.

Parfois, les vents sont favorables. Tu saisis alors des mots légers, des mots pleins de vie. Et t’envoles dans un grand éclat de rire. L’acte plume, c’est accepter le mot comme un cadeau cerf-volant et planer, armé d’un seul grand sourire.

Tu redoutes de voir apparaître les faux amis, ces doucereux, jolis mots. Tu sais que tu n’iras pas bien loin, avec eux. Il faudra donc te résoudre à ébouriffer le trop lissé. L’acte plume, c’est aussi savoir s’armer de patience, de vérité. Les mots réels, ceux qui te ressemblent, sans artifices, se cherchent pour mieux te trouver.

Celui que tu crains le plus, et pourtant le seul vrai voyage, aux issues incertaines, est l’acte plume aux forces dominantes. Il commence lorsqu’il fait noir. Qu’assaillis de mots fantômes, d’ombres, de spectres, les non-dits hurlent de souffrance. Avec eux, commence le combat. Entre toi et toi. A cause de qui, quoi ? Les causes seront tues. Tuées. Question de survie.

La plume est capricieuse. Rarement là où on l’attend. L’arme sera douce ou acérée. Vibrante ou tranchante. Mais la plume se doit d’être un acte.
 

Et cadeau. Même mortel.

Mais ici, chez Cathy, il est simple cadeau. Emballé de bleu.
 

Co errante, pour Cathy / Acteplume


Un autre texte cadeau : 

Bleu

offert par Blue Jam


   Le blues m'a rattrapé. Pas celui de la Nouvelle-Orléans. Non, l'autre. Celui qui fait souffrir. C'est la seule chose qu'elle m'ait laissé. Un bleu à l'âme. Dont acte. Je m'en suis accommodé. L'accepter représentait d'ailleurs la seule alternative viable, puisque cette amère blessure, je le savais, se raviverait continuellement. C'est un bleu infini qu'elle avait puisé dans sa palette.  

Depuis ma vie est monochromatique. Toute bleue. Mes tenues d'abord. De haut en bas, j'ai renouvelé tous mes vêtements. Beaucoup de bleu marine dans la mode. Tant mieux. Mes cheveux ensuite. Décoloration puis teinture. Mon coiffeur s'est régalé. Un bleu colbat distingué. J'ai commencé à avoir de l'allure.  

La maison ensuite. Nouvelle décoration. Parquet, papier-peint, carrelage et mobilier. Du bleu partout. Sans concession. Inattendu labeur que de dénicher des meubles bleus. J'ai dû en repeindre quelques-uns. J'ai opté pour le cyan, lumineux, apaisant. Et puis la façade, outremer, exotique.  

La maison transformée en annexe céleste avait extirpé de sa torpeur plus d'un congénère. Des volets bleus accrochés à des murs bleus. Incompréhensible ! Sans doute n'appréciaient-ils pas le bleu. C'est joli le bleu. Je me confonds avec lui.  

Et j'ai poursuivis avec conviction et vigueur dans le jardin. Le gazon vaporisé d'un bleu azur. Les feuilles des arbres badigeonnées d'indigo. Les ragots villageois ont alors attesté de ma folie. Personne n'avait encore jamais vu d'arbres bleus ! Et une pelouse ? Encore moins !  

Cette exubérance botanique avait effrayé voisins et amis. Les questions farfelues avaient fusés. Pourquoi diable ces arbres sont-ils bleus ? Et pourquoi pas après tout ? Cela avait été mon choix.  

Ma vie était devenue une toile bleue tendue sur l'infini. Des arbres bleus pour ne plus souffrir. L'admettre juste une fois.  

Un autre texte cadeau : 

Cathounille

offert par Mimi Pradoline
 

Un surnom qui rime avec chenille. Celui d’une amie. De mon amie.
Celle qui vit en Provence, dans un monde or et bleu.
Celle qui voue à sa perle claire l’amour indéfectible d’une mère aimante.
Celle qui offre ses mots à une muse lointaine. Femme amante d’un insaisissable aquilon soufflant sur une guitare métissée (sons tziganes encrés de Chine), elle explose de sensualité et de générosité.
Celle qui donne, donne, donne… et abrite nos émotions dans son nid azuré.
Celle qui pétille telle une bulle de champagne et se grise de poésie.
Celle qui parfois oublie. Qui parfois s’oublie. Qui parfois…
À toi, ma douce amie…
 

 


cathoune.JPG

 




Blog : Internet sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus