Acteplume

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(Nouvelle remarquée au concours ACLA 2007 et retenue pour être lue au théâtre à Antibes)

 

Dorofeïa s’en va-t-en guerre. C’est fou ce qu’une femme jalouse peut déplacer comme montagnes.
 
Elle porte ses nerfs dans son ventre Feïa. Bien sûr, ça ne se voit pas sous son petit tee-shirt anthracite. Un rictus abîme sa bouche pendant quelques secondes. Bouche hier en cœur ne sourit plus. Bouche blessée, en harmonie avec le reste.
 
Quelque chose de grisâtre et de noir émane de son visage las. N’empêche qu’elle marche vite. Malgré la fatigue. L’exaspération la rend saoule.
 
Elle se dit :
 
― Je vais la tuer, je vais le tuer aussi. Je n’ai pas eu besoin de chercher loin. Mes soupçons étaient fondés. Oui j’ai fouillé. De fond en comble. Portefeuille, sac, boîte à gants, poche de jeans, de veste. Et téléphone portable. Des SMS éloquents m’ont appris la trahison et offert les éléments pour les surprendre. Les heures et les lieux des rendez-vous, la teneur de leur relation … Des «  Je t'aime » en veux-tu en voilà, auxquels répondaient, douloureux, les « Tu es tout ce que j'ai dans la vie ... »
Et, prétextant que les mots étaient exagérés, il a nié. A refusé que je la rencontre. N'a pas accepté que l'on forme un trio dans l'intimité. Dommage car je voulais voir les choses en face, comparer son désir d'elle à son envie de moi ...
 
Elle jure qu’elle va se venger. Dans le journal elle a relevé les coordonnées d’un détective. C’est pour ça qu’elle marche d’un pas pressé. Pour se réfugier dans l’antre du découvreur d’adultère. Et elle trouve sans difficulté la rue, l’immeuble. Sauf qu’elle passe, lit la pancarte, pas vraiment une enseigne, Gérard Dupont, Affaires privées, et ne s’arrête pas.
C’est bien beau, elle pense Feïa, mais j’ai pas vraiment les moyens. Tant pis. Je conduirai cette recherche moi-même … Tu vas l’avoir ma fille ta preuve, tu vas l’avoir … Ce n’est pas loin chez elle, j’ai l’adresse.
 
 
 
 
Elle marche. Marche et son cœur tambourine. Colère partout en elle. Démesure.
C’est à ce moment-là qu’elle l’aperçoit, dix mètres plus loin. Sa haute stature le dénonce. Il va, d’un pas tranquille. On pourrait croire qu’il sifflote.
 
« Le hasard fait bien les choses, songe Dorofeïa, je tiens mon homme, ou bien le sien ... Il est si beau. Est-il trop beau pour moi ? »
 
Elle a chaud. La sueur perle dans son cou, entre ses cuisses. Elle entortille sa chevelure cinabre en un gros chignon et le maintient grâce à un stylo bic. Bleu le stylo.
Elle a chaud parce qu’elle est tendue. Elle a chaud parce que c’est l’été. Elle a chaud parce qu’il vient de s’immobiliser devant la maison de cette femme. L’autre.
Coup de sonnette. Ouverture de la grille. Ses grandes jambes avalent les trois marches qui vont au petit jardin. Une maison de ville. Fleurs de saison en bordure. Une maison pas fermée pour que l’air circule. Fenêtres ouvertes sur la rue aussi. Rideaux de voile rouge anglais en guise de moustiquaires permettent à Feïa d’observer la scène.
 
Elle ne se cache pas et ils ne la perçoivent pas.
 
Il caresse cette femme longue et brune vêtue d’un simple grand tee-shirt. Blanc le tee-shirt. Il soulève ce tee-shirt, découvre des seins petits tendus de désir. Il mordille. Il aspire. Ils sont en sueur, comme Feïa, mais ce n’est pas la même sueur, non, c’est terriblement différent. Feïa, elle sue en désespoir de tout.
Sans broncher elle regarde toutes les étapes. Son sexe à lui qui s’érige pour l’autre, musclée et brune de peau aussi, épilée parfaitement, croquante à souhait.
Son pantalon glisse. Il la plaque contre le mur. Lui fait l’amour un bon quart d’heure. Une éternité. Mille ans et plus. Après, il l’embrasse un peu, jette un coup d’œil à la montre, lui sourit et se rhabille.
Feïa se dissimule à l’angle de la rue voisine. Elle est meurtrie. Elle a la haine et le chagrin.
 
Il sort et cette fois se hâte. Pour rentrer. Rentrer et prendre une douche.
 
Elle retourne chez elle. Il est là. Elle prend une douche. Il la rejoint. Caresse ses gros seins fermes. Mordille. Aspire. Fait l’amour. La fait jouir tout aussi bien que l’autre.
Elle fait l’amour, se laisse mordiller, aspirer et prend son pied. Elle crie fort, un plaisir comme jamais. Et la rage revient. Il traîne un rasoir à côté du savon. Avec le rasoir, elle met un point final à l’histoire. Et avec le savon elle efface le mot faute.
 
Ça ne l’empêche pas de gerber dans les toilettes. Elle dégueule sur ses mains rougies. Trace légère de sang et vomissure sur son bras.
 
 
 
 
 
Elle devient folle. S’essuie à peine la bouche quand elle lève la tête de la cuvette. Du vomi en coulure sillonne sa joue comme un ruban. Un suivez-moi-jeune-homme.
 
Elle veut partir. Saisit le trousseau de clefs, sort et va démarrer la voiture.
 
Elle roule, la sueur entre les cuisses. Elle dit in petto je voudrais connaître le goût des seins de l’autre, coincer ma main dans le doux de son sexe chaud à elle. Et mordiller. Et aspirer. Et sentir comment elle prend du plaisir. Et la faire suer. Et lui dire qu’il ne viendra plus.
 
Feïa s’engage sur la bretelle d’autoroute, musique à bloc, un disque qu’il a laissé dans l’autoradio. Son rock à lui. Passe la cinquième. Double et double encore.
 
Dans son rétroviseur, une Twingo écarlate. Brillante comme un sou neuf. Elle reconnaît l’autre au volant, la brune aux petits seins. Elle porte un débardeur fin, presque transparent. Feïa voit les seins qui pointent, comme victorieux. Augmente la vitesse. A l’impression qu’elle va s’envoler tellement elle va vite. Et l’autre suit, et l’autre se rapproche.
 
Alors là, Dorofeïa, comme elle en a marre de la sueur et des raisons de cette sueur, froidement, elle freine. Elle freine à fond...
 
 



par Cathouche publié dans : Nouvelles ajouter un commentaire commentaires (4)   

Ce texte-là...

          

 

Sur une feuille...

 Ecrire est un acte d'amour, s'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. (Jean Cocteau)

Je pourrais dire que ce n'est pas moi qui suis allé chercher cette idée, mais que c'est elle qui est venue me chercher. Un jour je l'ai trouvée sur moi et depuis ce moment-là, elle ne m'a plus quitté. (Roberto Benigni)

Quand une chose est belle, elle devient réelle. (Roberto Benigni)

On n'écrit rien en dehors de soi, ça n'existe pas. (Marguerite Duras)

Je voudrais mais je ce n'est pas sûr que j'écrive ce livre. C'est aléatoire.

(Marguerite Duras, C'est tout) 

S'il n'y a pas de musique dans les livres, il n'y a pas de livres. Ce qui veut dire que quatre-vingt-dix pour cent des livres ne sont pas des livres, mais des lectures, comme on lit le journal en prenant son bain. (Marguerite duras)

 

 

Traduire dans une autre langue ? C'est possible...


  

   

L'acte plume

L’acte plume n’est que toi, tout seul. Pour toi et parfois pour d’autres.

L’acte plume, c’est te poser, un moment, dans la folie ambiante, et oser le silence. Tout au bord de toi. Tu sais que tu vas te mettre en danger. Qu’en te retrouvant, tu risques de te perdre.

Le silence est celui qui t’anéantira de vide ou te propulsera ailleurs.  Il te sera, ou te fera violence. Te mettra à découvert. Sans un mot de celui-ci, tu resteras cloué sur place. Cette simple pensée te paralyse déjà. Mais trop de mots risquent aussi de te faire chuter.

Alors, tu guettes. Le premier frémissement. Celui qui te permettra l’envol.

Parfois, les vents sont favorables. Tu saisis alors des mots légers, des mots pleins de vie. Et t’envoles dans un grand éclat de rire. L’acte plume, c’est accepter le mot comme un cadeau cerf-volant et planer, armé d’un seul grand sourire.

Tu redoutes de voir apparaître les faux amis, ces doucereux, jolis mots. Tu sais que tu n’iras pas bien loin, avec eux. Il faudra donc te résoudre à ébouriffer le trop lissé. L’acte plume, c’est aussi savoir s’armer de patience, de vérité. Les mots réels, ceux qui te ressemblent, sans artifices, se cherchent pour mieux te trouver.

Celui que tu crains le plus, et pourtant le seul vrai voyage, aux issues incertaines, est l’acte plume aux forces dominantes. Il commence lorsqu’il fait noir. Qu’assaillis de mots fantômes, d’ombres, de spectres, les non-dits hurlent de souffrance. Avec eux, commence le combat. Entre toi et toi. A cause de qui, quoi ? Les causes seront tues. Tuées. Question de survie.

La plume est capricieuse. Rarement là où on l’attend. L’arme sera douce ou acérée. Vibrante ou tranchante. Mais la plume se doit d’être un acte.
 

Et cadeau. Même mortel.

Mais ici, chez Cathy, il est simple cadeau. Emballé de bleu.
 

Co errante, pour Cathy / Acteplume


Un autre texte cadeau : 

Bleu

offert par Blue Jam


   Le blues m'a rattrapé. Pas celui de la Nouvelle-Orléans. Non, l'autre. Celui qui fait souffrir. C'est la seule chose qu'elle m'ait laissé. Un bleu à l'âme. Dont acte. Je m'en suis accommodé. L'accepter représentait d'ailleurs la seule alternative viable, puisque cette amère blessure, je le savais, se raviverait continuellement. C'est un bleu infini qu'elle avait puisé dans sa palette.  

Depuis ma vie est monochromatique. Toute bleue. Mes tenues d'abord. De haut en bas, j'ai renouvelé tous mes vêtements. Beaucoup de bleu marine dans la mode. Tant mieux. Mes cheveux ensuite. Décoloration puis teinture. Mon coiffeur s'est régalé. Un bleu colbat distingué. J'ai commencé à avoir de l'allure.  

La maison ensuite. Nouvelle décoration. Parquet, papier-peint, carrelage et mobilier. Du bleu partout. Sans concession. Inattendu labeur que de dénicher des meubles bleus. J'ai dû en repeindre quelques-uns. J'ai opté pour le cyan, lumineux, apaisant. Et puis la façade, outremer, exotique.  

La maison transformée en annexe céleste avait extirpé de sa torpeur plus d'un congénère. Des volets bleus accrochés à des murs bleus. Incompréhensible ! Sans doute n'appréciaient-ils pas le bleu. C'est joli le bleu. Je me confonds avec lui.  

Et j'ai poursuivis avec conviction et vigueur dans le jardin. Le gazon vaporisé d'un bleu azur. Les feuilles des arbres badigeonnées d'indigo. Les ragots villageois ont alors attesté de ma folie. Personne n'avait encore jamais vu d'arbres bleus ! Et une pelouse ? Encore moins !  

Cette exubérance botanique avait effrayé voisins et amis. Les questions farfelues avaient fusés. Pourquoi diable ces arbres sont-ils bleus ? Et pourquoi pas après tout ? Cela avait été mon choix.  

Ma vie était devenue une toile bleue tendue sur l'infini. Des arbres bleus pour ne plus souffrir. L'admettre juste une fois.  

Un autre texte cadeau : 

Cathounille

offert par Mimi Pradoline
 

Un surnom qui rime avec chenille. Celui d’une amie. De mon amie.
Celle qui vit en Provence, dans un monde or et bleu.
Celle qui voue à sa perle claire l’amour indéfectible d’une mère aimante.
Celle qui offre ses mots à une muse lointaine. Femme amante d’un insaisissable aquilon soufflant sur une guitare métissée (sons tziganes encrés de Chine), elle explose de sensualité et de générosité.
Celle qui donne, donne, donne… et abrite nos émotions dans son nid azuré.
Celle qui pétille telle une bulle de champagne et se grise de poésie.
Celle qui parfois oublie. Qui parfois s’oublie. Qui parfois…
À toi, ma douce amie…
 

 


cathoune.JPG

 




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