Acteplume

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Celle qui inspire, donne les mots, les gestes, et devient fantasme...

Elle allume les réverbères et les nuits ont des halos. Lueurs albugineuses, les couleurs se diluent.

Je marche sans avoir peur. Les trottoirs m'accueillent et les nids de bitume m'offrent un abri clin d'oeil.

Je suis la proie de l'allumeuse.

Elle fait fondre mes retenues, décuple mes langueurs. Aspire la sueur au creux de mon échine.

Et le sel et le sucre et l'eau disent mon attente. Et je la touche et je la prends et je la perds dans ce bonheur lunaire.

Elle entretient la torche et les tableaux des murs glissent comme mâchurés par l'éclairage élavé.

Brûle le flambeau chenu, je veux ses mains sur mes bouillons.

Elle allume mon rêve en herbe, jupon léger, nacarat bouche pleine, et j'effleure sa peau, parfum boisé.

Des dessous d'andrinople pour achever mes délires.

Des images assemblées et mes nuits se ressemblent.
par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (2)   
 

Un immeuble... Un soir, chez la concierge...

Il m'a abordée avec audace. Son regard sombre m'a remise à ma place. Une bombe à bille ce type. Celui du deuxième.

Facile avec une jeune concierge de prendre un air assuré. Je l'ai laissé entrer. Régler des problèmes de mauvais voisinage, il a dit. Tu parles ! J'étais à deux doigts de demander au mec qui gère l'immeuble d'intervenir. Et pourtant, çui-là, je peux pas le voir!
 
Bref, j'ai dit aux yeux ombrageux : asseyez-vous, je vais faire un café. Je bois pas de café, il a répondu dans un sourire avenant. Quelle bille, ce gars !

Sur ma table en chêne, il a posé ses papiers. De sa poche, il a sortit... un stylo bille. Noir.

Je l'ai regardé de près. Peau de miel, physique solide. Sensualité à fleur de peau. J'ai pris une chaise, me suis installée à côté de lui. Voir ce qu'il écrivait.

Y avait un sac de billes bleues sur la table. Celles de l'aquarium. J'en ai pris une pour m'occuper les mains. Pendant qu'il écrivait. Me souriait. Il avait l'air de toucher sa bille en écriture ! Et pas qu'en écriture... Il a posé le stylo. A saisi mon genou, délicat, mais déterminé. Pour occuper ses mains, sans doute. Moi, l'air de rien, j'ai joué avec la bille. Pendant que ses doigts montaient bien au-dessus de mon genou...

Je vous passe les détails. C'est pas une partie de billes ce qui s'est passé... ça non...

Après, car il y a un après... Il a repris ses billes et il est parti. Comme il était venu. Bille en tête.
par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (1)   
 

Vie en copropriété... doux voisinage...

Du bleu. Immensité marine étalée comme un cadeau. Mes meubles posés,ici, la semaine dernière. Peu de choses: quelques étagères pour ranger les livres... Pin clair, naturel, brut. Un lit, un sofa, une télé, la table basse. Et la vue mer. Normal, au troisième étage...

Je ne connais pas grand monde encore, hormis la dame du premier (si j'ai bien compris son mari est président du conseil syndical), et le beau garçon du deuxième, là, juste en-dessous de chez moi...

Je le croise dans l'escalier, parfois. Regard de séducteur. Terrible. Pour la petite histoire, hier soir, je n'ai pas pu dormir : je me doute bien qu'avec un tel vacarme, monsieur ne jouait pas aux billes... A tout le moins, pas tout seul...

Pas facile de passer la soirée en solitaire quand une dame pas loin monte aux rideaux... J'en tremble encore... Le désir sans doute. Un fantasme. Depuis j'y pense... Ses bras, ses yeux verts, sa peau laiteuse, la puissance de ses jambes... et du reste. Elle en a hurlé son prénom. Je lui donnerai bien mes heures, ce soir, au type du deuxième...

On commencerait par jouer aux billes... J'en ai plein ma boule à poissons...
par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (1)   
 
Au détour des gestes habituels, une image, une scène... pas longtemps...

L'eau devient trouble.

Mes poissons rouges pipent l'air en surface. Il est temps de procéder au nettoyage... Je presse doucement la mousse de la pompe dans la paume de ma main petite. Ma main remue au bout de mon poignet étroit. Contraste de mes attaches fines et de mes chairs de femme.

Les plantes, les galets...
Cinq galets choisis entre dix mille autres sur la plage du Liouquet, à La Ciotat... de couleur grège, rose, vert malachite... galets dans mon aquarium. Avec les billes bleues.
Mes mains comme des pelles ramassent les agates. Yeux de chat, pépites. Transparentes. Opaques.

Image. Quinze ans plus tôt. Les mêmes billes azurées dans la boule à poissons de Katia. La boule à poissons fréquente les classeurs indigo, les rideaux marine, le couvre-lit royal, l'horizon céruléen de sa chambre.

Dans les prunelles claires de Katia, on voit L'Espagne. Dans ses gestes, l'orgueil. Cheveux noirs, longs, ondoyants... la mer. Sombre et calme.
Je me souviens de sa voix pausée qui défend la corrida. Je m'oppose. Pas important. Foutaise. J'aimerais ce type de fille si j'étais un homme.
Je ne suis pas un homme. Pour une fois dommage. A cause de l'osmose.

Cliquetis des billes au fond du bac vitré. Galets, plantes, pompe, eau, poissons.

Et dix jours sans son image...
par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (1)   
 Une pensée rapide. Un moment lucide, amer. A peine... presque dérisoire.
Comme une litanie. Une femme parle, désabusée...

Pas besoin de toi pour sortir le chien. Pas besoin de toi pour me lever matin, faire les trajets à l'école, et partir travailler. Je n'ai pas besoin de toi pour passer la journée. De tes yeux sur moi pour danser. Je ne vois pas l'amour dans tes yeux, ni son souvenir. Je n'y contemple pas mes lueurs. Tes yeux sur moi ne me regardent pas. Si... Quand même ... Parfois...

- Tu rentres toujours pas dans tes jean's ? T'as payé l'EDF ? Y a des haricots pour toi dans le congélateur ... T'aime pas cette photo de toi ? Tu t'attendais à quoi?

Même pas besoin de toi pour entendre que je ne te plais pas. Plus.
Pretextes, tes reproches. A te refuser.

Où est la lumière humide de tes iris ? Je ne trouve rien qui me veuille en toi.

Pas besoin de toi pour entendre les mots qui chuchotent que je suis belle. Pour lire sur un visage d'homme l'amusement protecteur. Enjôleur. Pas besoin de toi non plus pour faire le feu.Etre triste, gaie.
Pas besoin de toi pour partager mes lectures. D'ailleurs tu ne lis pas.

Rien de grave.
Je n'ai pas besoin de toi pour être aimée. Plus maintenant. Ni pour voir la vérité en face.
Tu n'as pas besoin de moi pour ne pas me chérir. Juste besoin d'une habitude. Tu as.
Et d'habitude je n'ai pas besoin de toi pour ne pas y penser. Sauf ce soir. Dommage.

Mariés depuis douze ans. Rien d'autre.
 
Pas besoin de toi pour aller voir ailleurs si j'y suis.

par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (2)   
 
Lola lolita à peine changée revient par ici braver le vent ...

Mais où vas-tu Lola jupe fleurie et talons hauts ?


Je vais dans l'auto de cet homme qui crie Lolita viens.


Y'a le vent qui soulève ma dentelle et caresse ma jambe.


Y'a sa main qui m'élève au rang de reine, trousse ma jupe, trousse ma joie. Y'a son sourire qui attrappe mes quinze ans. Happe ma bouche.


Y'a ma mère qui devient folle et hurle et pleure et gémit qu'elle ne me tient plus.


Je regarde la mer, elle n'est pas assez bleue.
Je regarde mon père, il ne me voit pas.
Je ne vais pas à l'école, elle ne m'apprend pas.


Je vais dans la voiture écouter la radio.


Je vais dans la voiture pour profiter des mots.


Je vous crache proprement dessus.


Et toi, tu m'entends dis, tu m'entends ?


 
par Cath Peintre as Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (5)   
 
 
Humour ou pas ? Pensez-vous qu'il faille en rire ? A vous de voir ...

- Tu les veux à quoi tes pâtes ?

- A rien.

- Beurre, huile d'olive, tomate ? Avec du fromage ?

- Non, à rien.

- Mais pourquoi ?

- Parce que j'ai le goût de rien ! C'est pour ça que je les veux nature, mes pâtes !

- C'est nouveau ? T'as perdu le sens de tout ? Et dis, parlons d'autre chose, tu aimerais quoi pour ton anniversaire ? Un livre ?

- Rien ! Je n'ai besoin de rien. Et puis les bouquins sont pleins de mots. Moi j'en ai fini avec les mots !

- Ca y est ! T'es nihiliste !

- Pfffuit ! Rien à voir ! Et même, surtout pas ! Ca m'obligerait à penser. Quand on commence avec la philosophie... après, pour maîtriser les notions ...

- Bon, moi, je ne suis personne alors ?

- Non, t'es comme le reste. T'es rien.

- D'accord. Je suppose que tu ne souhaites rien faire ?

- Voilà ! Et surtout, ne t'en fais pas ! Tu n'y es pour rien ...
par Cath Peintre as Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (2)   

Ce texte-là...

          

 

Sur une feuille...

 Ecrire est un acte d'amour, s'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. (Jean Cocteau)

Je pourrais dire que ce n'est pas moi qui suis allé chercher cette idée, mais que c'est elle qui est venue me chercher. Un jour je l'ai trouvée sur moi et depuis ce moment-là, elle ne m'a plus quitté. (Roberto Benigni)

Quand une chose est belle, elle devient réelle. (Roberto Benigni)

On n'écrit rien en dehors de soi, ça n'existe pas. (Marguerite Duras)

Je voudrais mais je ce n'est pas sûr que j'écrive ce livre. C'est aléatoire.

(Marguerite Duras, C'est tout) 

S'il n'y a pas de musique dans les livres, il n'y a pas de livres. Ce qui veut dire que quatre-vingt-dix pour cent des livres ne sont pas des livres, mais des lectures, comme on lit le journal en prenant son bain. (Marguerite duras)

 

 

Traduire dans une autre langue ? C'est possible...


  

   

L'acte plume

L’acte plume n’est que toi, tout seul. Pour toi et parfois pour d’autres.

L’acte plume, c’est te poser, un moment, dans la folie ambiante, et oser le silence. Tout au bord de toi. Tu sais que tu vas te mettre en danger. Qu’en te retrouvant, tu risques de te perdre.

Le silence est celui qui t’anéantira de vide ou te propulsera ailleurs.  Il te sera, ou te fera violence. Te mettra à découvert. Sans un mot de celui-ci, tu resteras cloué sur place. Cette simple pensée te paralyse déjà. Mais trop de mots risquent aussi de te faire chuter.

Alors, tu guettes. Le premier frémissement. Celui qui te permettra l’envol.

Parfois, les vents sont favorables. Tu saisis alors des mots légers, des mots pleins de vie. Et t’envoles dans un grand éclat de rire. L’acte plume, c’est accepter le mot comme un cadeau cerf-volant et planer, armé d’un seul grand sourire.

Tu redoutes de voir apparaître les faux amis, ces doucereux, jolis mots. Tu sais que tu n’iras pas bien loin, avec eux. Il faudra donc te résoudre à ébouriffer le trop lissé. L’acte plume, c’est aussi savoir s’armer de patience, de vérité. Les mots réels, ceux qui te ressemblent, sans artifices, se cherchent pour mieux te trouver.

Celui que tu crains le plus, et pourtant le seul vrai voyage, aux issues incertaines, est l’acte plume aux forces dominantes. Il commence lorsqu’il fait noir. Qu’assaillis de mots fantômes, d’ombres, de spectres, les non-dits hurlent de souffrance. Avec eux, commence le combat. Entre toi et toi. A cause de qui, quoi ? Les causes seront tues. Tuées. Question de survie.

La plume est capricieuse. Rarement là où on l’attend. L’arme sera douce ou acérée. Vibrante ou tranchante. Mais la plume se doit d’être un acte.
 

Et cadeau. Même mortel.

Mais ici, chez Cathy, il est simple cadeau. Emballé de bleu.
 

Co errante, pour Cathy / Acteplume


Un autre texte cadeau : 

Bleu

offert par Blue Jam


   Le blues m'a rattrapé. Pas celui de la Nouvelle-Orléans. Non, l'autre. Celui qui fait souffrir. C'est la seule chose qu'elle m'ait laissé. Un bleu à l'âme. Dont acte. Je m'en suis accommodé. L'accepter représentait d'ailleurs la seule alternative viable, puisque cette amère blessure, je le savais, se raviverait continuellement. C'est un bleu infini qu'elle avait puisé dans sa palette.  

Depuis ma vie est monochromatique. Toute bleue. Mes tenues d'abord. De haut en bas, j'ai renouvelé tous mes vêtements. Beaucoup de bleu marine dans la mode. Tant mieux. Mes cheveux ensuite. Décoloration puis teinture. Mon coiffeur s'est régalé. Un bleu colbat distingué. J'ai commencé à avoir de l'allure.  

La maison ensuite. Nouvelle décoration. Parquet, papier-peint, carrelage et mobilier. Du bleu partout. Sans concession. Inattendu labeur que de dénicher des meubles bleus. J'ai dû en repeindre quelques-uns. J'ai opté pour le cyan, lumineux, apaisant. Et puis la façade, outremer, exotique.  

La maison transformée en annexe céleste avait extirpé de sa torpeur plus d'un congénère. Des volets bleus accrochés à des murs bleus. Incompréhensible ! Sans doute n'appréciaient-ils pas le bleu. C'est joli le bleu. Je me confonds avec lui.  

Et j'ai poursuivis avec conviction et vigueur dans le jardin. Le gazon vaporisé d'un bleu azur. Les feuilles des arbres badigeonnées d'indigo. Les ragots villageois ont alors attesté de ma folie. Personne n'avait encore jamais vu d'arbres bleus ! Et une pelouse ? Encore moins !  

Cette exubérance botanique avait effrayé voisins et amis. Les questions farfelues avaient fusés. Pourquoi diable ces arbres sont-ils bleus ? Et pourquoi pas après tout ? Cela avait été mon choix.  

Ma vie était devenue une toile bleue tendue sur l'infini. Des arbres bleus pour ne plus souffrir. L'admettre juste une fois.  

Un autre texte cadeau : 

Cathounille

offert par Mimi Pradoline
 

Un surnom qui rime avec chenille. Celui d’une amie. De mon amie.
Celle qui vit en Provence, dans un monde or et bleu.
Celle qui voue à sa perle claire l’amour indéfectible d’une mère aimante.
Celle qui offre ses mots à une muse lointaine. Femme amante d’un insaisissable aquilon soufflant sur une guitare métissée (sons tziganes encrés de Chine), elle explose de sensualité et de générosité.
Celle qui donne, donne, donne… et abrite nos émotions dans son nid azuré.
Celle qui pétille telle une bulle de champagne et se grise de poésie.
Celle qui parfois oublie. Qui parfois s’oublie. Qui parfois…
À toi, ma douce amie…
 

 


cathoune.JPG

 




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