Acteplume

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  C'était une fille décalée. Tu vois Suzie, cette poule, c'était ma femme.

  Ma femme ? Tu parles que je me la suis pas épousée ! Une greluche pareille ... Rencontrée dans le métro en 2005 entre deux rames et un rail ...
N'empêche, je l'ai kiffée.

  Croupe de rêve. Des putains de fesses ! Une déesse, Suzie, pas comme toi qui n'a l'air de rien, enfin de rien d'appétissant. Et des reposoirs, ma pauvre. Des seins à faire pâlir le soleil et les réverbères avec.

  Je lui ai offert de venir habiter chez moi. Elle a dit ok mais fais gaffe, je supporte pas qu'on me colle.
Elle a pieuté dans mon lit, et tu veux que je te dise : je l'ai pas baisée.

  Tu crois qu'elle m'aurait fait la conversation ? La garce non, elle bouffait, trois fois rien je te l'accorde, se calait dans mes draps pour regarder des films.
Elle mettait pas le nez dehors. Si, parfois, elle allait dans le métro pour voir les gens. C'était son paysage les gens, Suzie.

  Elle m'a pas dit des choses du style t'es un mec bien. Un soir pourtant elle m'a regardé. Droit dans l'âme et dans les tripes. J'ai pas compris.

  Cette meuf Suzie, c'était une mystérieuse.
Eh bien la vérité, c'est que tout ce mystère m'est monté à la tête et au coeur. Je la vénérais grave.
Du coup, mes potes ma Suzie, ils se sont taillés, ils me visitaient plus comme au temps, disait que les poules et les coqs, ça doit pas dormir dans la même paillasse ...

  Et à la fin quoi ?
Un mois après elle s'est envolée. Qui sait si c'est pas par la fenêtre à gros carreaux ? Je l'ai pas retrouvée. Mon coeur s'est brisé en mille ruines.

  J'étais tombé amoureux, aussi simple que mon jour.

  J'arrive pas à me débarrasser de ce parfum dans mon paddok, il s'est  incrusté dans mon nez.


par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (1)   
  Il a eu l'air,

  de me trouver jolie ...



  Il a eu l'air de me trouver jolie.
Ma peau s'est endormie dans ses yeux sombres et son sourire. Ses fossettes. Contours d'une bouche à facettes.
Je me souviens des mots et des éclats de rire...

  J'ai assisté au spectacle.
Dans l'éclairage de sa caméra il m'a mise en scène...

  Regardez mesdames et messieurs cette très belle femme! Belle dedans aussi! Surtout! Voyez les couleurs de son âme, de son ventre! Je vais la prendre pour épouse, donner un sens à ses heures! Ensuite, je la transformerai, la modèlerai! Elle sera unique, vous savez! Une... seule!

  Pas l'ombre d'un doute. Lueur de bonheur. Je n'ai pas vu les promesses vernies, le décor de carton, la façade à paillettes. Pas vu les années de ceux qui vivent en parallèle, ensemble. Apparemment.
Pas regardé autour de moi.
Désiré l'illusoire.
Dans la boîte à magie il m'a placée.
Tourne, tourne petite boîte, fais danser ma joie et mon orgueil.
Que l'on colle à ma peau la croute du sorcier. Ecorce. Enveloppe. Extérieur.

  Depuis, j'attends. Je suis dans la boîte. Mine de rien, l'air heureux. Je n'ai toujours pas la formule. Quelqu'un a-t-il vu le magicien?

  Si d'aventure un soir vous venez au spectacle, je vous en prie, ne faites pas tourner l'écrin, ne vous fiez pas à l'emballage. Ouvrez la porte à cette fille toute simple, pas bien lumineuse, qui goûta autrefois aux paroles d'un grand magicien.

par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (2)   
  Tu n'es pas trop grosse, Lili, tu es plantureuse. Seule la médecine peut définir ce qui est trop. Ta santé n'est pas en péril, ton corps regorge de vitalité. Il déborde d'énergie. Si encore tu manquais de grâce... Tu marches comme une princesse, tu ondules, délicate, à chaque pas. Si tu n'étais pas jolie...Tu promènes ta douce tête couronnée de blé, ton teint de porcelaine, tes yeux mauves, ton sourire de petite fille déçue... Tes longs cheveux blonds épars sur tes pleines épaules neigeuses, tu as le regard triste des filles aux vies tumultueuses.
 
  Tu n'es pas grosse Lili.
 
  Ce n'est pas vrai ce que dit ton père. Tu n'es pas une... Il t'insulte. Il te blesse. Il n'en a pas le droit. Où sont tes rêves d'enfant ?
 
  Quand tu vivais chez ton père, il ne s'occupait pas de toi. Tu étais... à l'abandon. Tu déambulais dans ces rues douteuses où se réfugient les adultes en mal d'amour. Tu observais, libre, des scènes interdites.
 
  Tu fais des bêtises, Lili. Mais je ne peux me résoudre à t'exclure. Je gronde, je rage, et je pardonne tes fugues, m'attirant les regards courroucés des surveillants parfois, de certains professeurs. Une fois j'ai essayé... Trois jours... " Trop c'est trop Lili ! Ici, c'est pas les cours à la carte ! " J'ai appelé tes grands-parents puisqu'ils t'ont à charge. Je leur ai expliqué... "C'est de notre faute ! Si vous saviez ! On l'aime, on s'en occupe ! Mais ça doit pas suffire ! Et on a sûrement dû faire une erreur, une bêtise ! C'est nous, on s'y prend mal!". En t'excluant, je vous rejetais tous les trois. Alors j'ai renoncé.
 
  Renoncé aussi à entendre les récriminations de quelques enseignants:" - Tu te rends compte des bêtises qu'elle fait ! Elle fume dans la cour, dans les toilettes ! Elle quitte la classe en claquant la porte ! Elle fugue après la cantine ! Non, tu ne te rends pas compte, sinon tu punirais ! On le sait qu'elle est malheureuse... Nous aussi, son histoire nous touche... Mais quand tu la laisses transgresser, tu ne lui rends pas service... Tu lui passes trop de choses. C'est déjà si lourd ce qu'elle a vécu à son âge ! Elle connait les endroits malfamés. Elle connaît... le corps des garçons...C'est..."
 
  ... C'est fait. Inscrit dans son histoire. Intégré dans sa mémoire. Incorrigible. Il te reste à faire avec. Faire avec ses yeux violets lourds de regrets, ses sourires amers, sa mère partie vivre ses folles amours adultérines, son père superbe dans son costume de pilote de ligne, son téléphone qui jamais ne vibre de l'appel de ses parents, faire avec ses origines qui la nient...
 
  Alors je fais avec...
 
  Avec vous, qui attendez que je fasse un miracle, que je donne à Lili des repères, des interdits et des permis.
 
  Avec le regard interrogateur de sept cent cinquante-sept élèves qui se demandent pourquoi je n'applique pas la règle, pourquoi Lili est impunie, pourquoi ma porte ne se ferme jamais devant elle, pourquoi c'est toujours elle, l'urgence...
 
  Cependant, je suis sûre de faire l'essentiel. Je parle avec Lili. Je l'écoute. Je l'encourage à progresser, à avancer. Je lui dis: - Trop souvent ce que tu fais est mal, tu le sais, nous en avons beaucoup parlé. Mais par de nombreux aspects, tu es merveilleuse. Tu es gentille. Tu as du coeur, et l'intelligence qui s'y rattache. Tu es jolie, toujours bien mise. Je connais beaucoup de parents qui seraient fiers de t'avoir pour fille.
 
  Et je lui dis ma confiance.
 
  Lili aux beaux cheveux, aux cheveux de bébé, clairs, gorgés de lumière... Lili grandie trop vite, le regard d'améthyste en arrière, qui se voudrait petite dans les bras de sa maman, grande dans le coeur de son papa. Lili qui rêve de devenir une belle hôtesse de l'air...
 
  Et...
 
  Lili-révolte, incertitude,
  Lili-myosotis.
par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (3)   
                                 Sur un air de Montmartre
                                   (Ecrit par Emeraude)
 
  Ça commence aux Abbesses, par un doux manège qui chante les rires d’enfants.
Et puis, juste derrière vous, dans un petit square tout simple, s’érige un mur. Le mur des « je t’aime ». C’est là que Montmartre commence et ce mur vous en annonce la couleur : c’est plein de bonheur, c’est plein d’amour, c’est plein de feuilles vertes, c’est plein de touristes, et c’est plein de je t’aime !
 
  En prenant la rue des Abbesses, vous trouvez une boulangerie originale, et vous commencez à découvrir les petites et grandes rues de Montmartre, celles qui sont pavées, celles qui sont cachées, celles qui sont complètement entortillées.

  Vous cherchez la rue Lepic car c’est votre amie Amélie qui vous a suggéré de venir ici, retrouver les petits trésors cachés qu’on a tous oubliés dans une petite boîte à cigare des années 1950.
Vous marchez la tête en l’air, vos yeux sont attirés par les couleurs des épiceries qui vous offrent un étalage de fraises et de framboises, de pommes et de bananes, de légumes de toutes sortes. Votre nez est attiré par l’odeur des fromages qui vous arrivent de toutes ces fromageries qui gargouillent un peu partout.
Vos oreilles sont attirées par les langues du monde entier parlées dans ce petit village parisien, havre de paix et de joie.
Juste ici, à gauche la rue Lepic. Et tout droit aussi, c’est la rue Lepic !
 
  Vous décidez de prendre à gauche et vous retrouvez à nouveau ces épiceries où même les artichauts ont du cœur.
Une librairie spécialisée dans les BD est coincée entre du poisson et du fromage. Vous descendez encore un peu, toujours un peu plus émerveillé, pour retrouver une épicerie fine qui vend du vin, de l’eau-de-vie, du foie gras et du sucre d’orange !
Vos papilles ne font qu’un tour et vous ne résistez pas à entrer, à regarder, à toucher les petits trésors de Montmartre.
 
  Juste en face, voilà le café des 2 Moulins. Votre amie Amélie vous y sourit. Vous commandez un kir royal et vous écoutez attentivement les notes que Yann commence à jouer rien que pour vous.
 
  Vous êtes au cœur du bonheur des rues pavées et entortillées de Montmartre et vous ne voulez plus jamais les quitter.
 
  Vous remontez alors la rue Lepic, jusqu’en haut, tout en haut. Vous y voyez des restaurants aux noms mirobolants, des cavernes d’Ali Baba dans des passages dont vous ignoriez encore l’existence deux mètres plus tôt. Vous avez la tête en l’air, et sous les arbres se trouvent des maisons magnifiques, des petits appartements charmant dont les heureux habitants fument une cigarette, flottant sur le balcon.
 
  Vous découvrez un moulin, un restaurant qui s’appelle « La Maison Rose », un autre qui s’appelle « Le Lapin Agile » qui vous raconte son histoire de cabaret et d’artistes. Et, alors que vous étiez seul jusque-là, vous commencez à sentir, à entendre et à voir un gargouillement souriant, riant, mimant, chantant et dansant.
Vous arrivez place du Tertre, avec Le Consulat, La Bonne Franquette, tous ces magasins de souvenirs qui vous offrent des peintures et des dessins du tout Paris qui va bientôt s’ouvrir sous vos pieds.
Vous devinez à peine le toit du Sacré Cœur derrière des arbres fleuris. La Place du Tertre regorge de caricatures, de peintres, d’amateurs de Salvadore Dali, de serveurs pressés en béret et en bretelles.
Vous faites le tour de la place, vous tombez amoureux d’une peinture d’un homme sur un banc avec son chien, à la simple lumière du réverbère. Une peinture grise en trois dimensions que vous avez très envie de toucher, de voler, d’emporter avec vous comme un de ses petits trésors que seul le mont des martyrs sait offrir.
 
  Vous continuez encore un peu votre chemin, vous vous offrez le plaisir d’une glace au goût exquis, vous découvrez le tartempion, au petit creux, le musée de Montmartre, le soleil qui se couche tout doucement sur Paris.
 
  Vous prenez la rue Norvins pour rebrousser chemin, à la fois triste de quitter cet endroit magique, à la fois heureux de l’avoir parcouru quelques instants.
 
  Et, tout d’un coup voilà le Passe-Muraille de Marcel Aymé qui vous surprend !
 
  Vous n’avez pas vu la moitié de ce qu’il y a à voir. Vous n’avez pas fait les vendanges dans les seules vignes qui reste à Paris, vous n’avez pas pu voir les maisons extraordinaires qui s’imposent de l’autre côté de la butte, vous n’êtes pas allé au-devant de l’Eglise admirer un Paris qui s’étale devant vous.
 
  Mais vous avez marché au gré du vent et vous savez que le village qui fut celui des Martyrs est aujourd’hui celui des Petits Plaisirs.
par Cath, Cathouche publié dans : Mes invité(e)s. Pour accueillir vos textes ! ajouter un commentaire commentaires (3)   


  Je t'écris, je te crée, je façonne ce qu'à jamais tu seras, et je construis ta vie, ton univers

immobile, ton éternité malgré toi. Tu ne connaîtras que moi, tu n'aimeras rien d'autre que

le moment où je prendrai la plume pour ériger ton corps, pour m'engloutir avec toi dans

notre prison libre, ensemble en sentinelle près du coeur.

  Je t'écris et tu es belle. Les pages blanches dans lesquelles nous coulons tous les deux

ressemblent à la lumière des soleils inconnus. Je t'écris et tu te lèves. Les pages

blanches sont à mes regards d'homme des déserts péremptoires aux reflets d'aveline.

Je t'écris et tu marches. Les pages blanches font à mes folies d'homme des fiefs de

dolences et des amours diverses. Tes yeux sont désormais empreints d'une douceur

imparfaite, à peine mélancolique. Le brun de tes cheveux, non, je me ravise

immédiatement et je les sais déjà d'une blondeur scandinave, caresse tes pommettes

hautes et cache tes jolis yeux d'amande, ni clairs, ni sombres. Je dessinerai plus tard ton

corps. Je te moulerai un monde verdoyant, des arbres splendides avec
des écureuils, et tu ne sauras que le printemps et l'été. Je te peindrai enfin une maison charmante,

assez grande pour deux personnes ; assez grande pour toi et moi. Demain, je te donnerai un

nom; demain, nous nous connaîtrons mieux. Ce soir, tu dormiras sur les pages blanches, fragile

comme une rose, un peu fripée encore comme un coquelicot ...

Ce matin je te retrouve et tu es toujours belle. As-tu bien dormi ? Les pages blanches sont à mon

coeur de poète la marque des souffrances insidieuses des artistes. Est-ce une vision ? Tu flottes

comme une apparition. Ta chevelure inonde mon écriture et tes épaules dessinent des ombres

majestueuses sur mes feuilles. Tu ondules, silhouette incertaine, vaporeuse, et cependant immobile.

Tes yeux soulignés de khôl brun me regardent aimablement. J'imagine caresser tes lignes, souligner

le galbe de ton visage de moins en moins diaphane. Les pages blanches laissent sur ma bouche

d'homme des traces indélébiles et indigentes, des traces pernicieuses. Es-tu réalité ? 

Ta main s'élève sous mes doigts et j'ébauche des fleurs de toutes les couleurs.

Ma main se pose sur tes doigts et j'improvise les gestes de toutes les langueurs.

Tes contours s'affirment sous mes regards indiscrets, appuyés, et tu te réalises.

Je conçois les lignes de ton corps, je les remplis de chairs blondes, désirables,

presqu'aussi blanches que tes cheveux enneigés. Tu ne verras jamais la neige, tu

pourrais te geler les mains à vouloir trop la caresser. Tes mains sont douces et tes doigts

sont longs, j'ai mis du vernis pêche sur tes ongles.

Tes cheveux sans mouvement descendent loin sur tes jambes dures, tes jambes...

Les pages blanches nouent dans ma gorge sombre les encres de la peur. Es-tu

l'évanescence ? Je ne crois pas. Tu es belle et tu souris. Tes lèvres entrouvertes

m'offrent l'effleurement inattendu d'un baiser amoureux. Les pages blanches meurent aux

silences des sillons noirs de l'encre. Puis-je désormais t'inventer une histoire ?

Je ne peux me résoudre à te présenter des compagnons qui te ressemblent. Les pages

blanches sont mon domaine préservé. Que dirais-tu d'un petit renard doré ? Que dirais-tu

d'une rose ? Voudrais-tu un joli mouton ? Je lis la satisfaction dans tes yeux de personnage

nouveau-né et je te les offre tous immédiatement.

je t'apprivoiserai et tu apprendras à m'aimer. Nous nous habillerons le coeur ensemble.

Progressivement, les pages blanches m'abandonnent leurs virginité, docile sous la caresse tendre de la plume... 


Progressivement, tu m'abandonnes ta... docile sous la caresse tendre...

Là .... doucement... prends ton temps... éveille-toi... Je ne t'ai donné ni impératif, ni tabou,

ni vice. Je ne veux que ton bonheur.

Je pose une aventurine au centre de ton jardin, et j'efface le mot contusion de ton

dictionnaire. Prends ton temps. J'ai omis de placer une horloge dans notre salle de

séjour. Regarde-moi... cramponne-toi à mes yeux verts et oublie ce qui n'est pas moi.

Je t'aime, tu es belle. J 'ai le temps de t'écrire, les minutes n'ont plus d'importance dès que je plonge auprès de toi.

... D'un seul jet... je ne reviendrai pas sur mes phrases...

Tu brosses tes cheveux au soleil et ils brillent, clairs, chatoyants. L'écureuil, le renard, te

regardent aimablement. Prends garde à ce que le mouton ne mange pas ta rose. Je n'en

suis plus responsable maintenant. Bientôt, tu pourras parler : nous nous saurons encore

mieux...

Que dis-tu ? Si j'aime ? Si j'ai aimé avant toi ? Ne t'inquiète pas, je n'ai jamais aimé que

toi, même quand tu n'existais pas, même si tu ne me crois pas.

Je ne vis plus dans la réalité, mon univers à présent n'est qu'onirisme, je te vois, tu me vois, et

miracle, je te touche, je passe ma main dans tes cheveux lissés. Je te donne un prénom : Rose...

Tu m'as apprivoisé, et je t'ai conquise. J'ai encore tout à apprendre, j'ai encore à remplir ta

bibliothèque... Ouvre la porte, laisse entrer chez nous l'écureuil, le renard, le mouton... Nous ferons

une serre à ta fleur...

Rose, je ne suis plus ton écrivain mais ton am...

Est-ce un songe ?

Ne tremble pas. A ton réveil, je t'écrirai. Chaque matin, je t'écrirai. Je te modèlerai à l'orée

de mes nuits. Je vais t'aimer.

par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (2)   
  Je ne peux m'empêcher. Je bouge. Un regard en arrière, fugace, ma voisine dans mon dos gribouille sa lettre d'amour. Elle ajoute un "e" à amour, pour accorder avec lettre.
  - Cucurbite ! Assez !
  Oui, oui, je dois cesser, je suis Cucurbite en cessation de sensations ! Au carré, au cube et même au court brouillon, rien n'y fait, les mathématiques m'indiffèrent.
Sous le Talès, la page !
Calé dans le creux du classeur, Le Clézio patiente dans le Désert.
Par la fenêtre de la salle on voit la mer, c'est déjà ça.
  - Cucurbite Pepa ! Au tableau !

  - Courage Pepita, susurre Marie à mes côtés.
Au tableau ? Mais pas celui-ci, segmenté, chiffré. Au tableau, avec mes couleurs, ma gouache, mes pinceaux. Cyan, vermillon, safran à l'assaut !
  En vérité, pitoyable, d'avance humiliée, tête basse, épaules rentrées, je comprends sur l'estrade que j'aurais mieux fait de me tenir à carreaux, comme la mer dans la vitre dessinée en quatre.
  - Cucurbite tu rêves !
   Vingt ans plus tard je traîne encore sur les bancs de l'école. Dites, j'ai tant redoublé ?

  Evidemment non, j'enseigne le français à des terminales scientifiques qui dissimulent Pythagore et les formules qu'ils trouvent magiques sous les jupons de Madame Bovary.
 
Sous le pavé, la Texas aux belles touches.
  Ils ont le nez mutin, le teint Biactol et calculent les quatre carreaux de la vitre au milimètre près. Moi je regarde la mer ...
  -Cucurbite tu rêves ! Grogne Marie en salle des professeurs. Tu dois sévir, il leur faut connaître les grands textes !
  Je ne réponds pas. Je parlerai littérature, ils poseront des équations poétiques.
  Sur l'estrade, Emma Bovary. On verra bien ce qu'elle a à leur dire.
par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (3)   

Ce texte-là...

          

 

Sur une feuille...

 Ecrire est un acte d'amour, s'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. (Jean Cocteau)

Je pourrais dire que ce n'est pas moi qui suis allé chercher cette idée, mais que c'est elle qui est venue me chercher. Un jour je l'ai trouvée sur moi et depuis ce moment-là, elle ne m'a plus quitté. (Roberto Benigni)

Quand une chose est belle, elle devient réelle. (Roberto Benigni)

On n'écrit rien en dehors de soi, ça n'existe pas. (Marguerite Duras)

Je voudrais mais je ce n'est pas sûr que j'écrive ce livre. C'est aléatoire.

(Marguerite Duras, C'est tout) 

S'il n'y a pas de musique dans les livres, il n'y a pas de livres. Ce qui veut dire que quatre-vingt-dix pour cent des livres ne sont pas des livres, mais des lectures, comme on lit le journal en prenant son bain. (Marguerite duras)

 

 

Traduire dans une autre langue ? C'est possible...


  

   

L'acte plume

L’acte plume n’est que toi, tout seul. Pour toi et parfois pour d’autres.

L’acte plume, c’est te poser, un moment, dans la folie ambiante, et oser le silence. Tout au bord de toi. Tu sais que tu vas te mettre en danger. Qu’en te retrouvant, tu risques de te perdre.

Le silence est celui qui t’anéantira de vide ou te propulsera ailleurs.  Il te sera, ou te fera violence. Te mettra à découvert. Sans un mot de celui-ci, tu resteras cloué sur place. Cette simple pensée te paralyse déjà. Mais trop de mots risquent aussi de te faire chuter.

Alors, tu guettes. Le premier frémissement. Celui qui te permettra l’envol.

Parfois, les vents sont favorables. Tu saisis alors des mots légers, des mots pleins de vie. Et t’envoles dans un grand éclat de rire. L’acte plume, c’est accepter le mot comme un cadeau cerf-volant et planer, armé d’un seul grand sourire.

Tu redoutes de voir apparaître les faux amis, ces doucereux, jolis mots. Tu sais que tu n’iras pas bien loin, avec eux. Il faudra donc te résoudre à ébouriffer le trop lissé. L’acte plume, c’est aussi savoir s’armer de patience, de vérité. Les mots réels, ceux qui te ressemblent, sans artifices, se cherchent pour mieux te trouver.

Celui que tu crains le plus, et pourtant le seul vrai voyage, aux issues incertaines, est l’acte plume aux forces dominantes. Il commence lorsqu’il fait noir. Qu’assaillis de mots fantômes, d’ombres, de spectres, les non-dits hurlent de souffrance. Avec eux, commence le combat. Entre toi et toi. A cause de qui, quoi ? Les causes seront tues. Tuées. Question de survie.

La plume est capricieuse. Rarement là où on l’attend. L’arme sera douce ou acérée. Vibrante ou tranchante. Mais la plume se doit d’être un acte.
 

Et cadeau. Même mortel.

Mais ici, chez Cathy, il est simple cadeau. Emballé de bleu.
 

Co errante, pour Cathy / Acteplume


Un autre texte cadeau : 

Bleu

offert par Blue Jam


   Le blues m'a rattrapé. Pas celui de la Nouvelle-Orléans. Non, l'autre. Celui qui fait souffrir. C'est la seule chose qu'elle m'ait laissé. Un bleu à l'âme. Dont acte. Je m'en suis accommodé. L'accepter représentait d'ailleurs la seule alternative viable, puisque cette amère blessure, je le savais, se raviverait continuellement. C'est un bleu infini qu'elle avait puisé dans sa palette.  

Depuis ma vie est monochromatique. Toute bleue. Mes tenues d'abord. De haut en bas, j'ai renouvelé tous mes vêtements. Beaucoup de bleu marine dans la mode. Tant mieux. Mes cheveux ensuite. Décoloration puis teinture. Mon coiffeur s'est régalé. Un bleu colbat distingué. J'ai commencé à avoir de l'allure.  

La maison ensuite. Nouvelle décoration. Parquet, papier-peint, carrelage et mobilier. Du bleu partout. Sans concession. Inattendu labeur que de dénicher des meubles bleus. J'ai dû en repeindre quelques-uns. J'ai opté pour le cyan, lumineux, apaisant. Et puis la façade, outremer, exotique.  

La maison transformée en annexe céleste avait extirpé de sa torpeur plus d'un congénère. Des volets bleus accrochés à des murs bleus. Incompréhensible ! Sans doute n'appréciaient-ils pas le bleu. C'est joli le bleu. Je me confonds avec lui.  

Et j'ai poursuivis avec conviction et vigueur dans le jardin. Le gazon vaporisé d'un bleu azur. Les feuilles des arbres badigeonnées d'indigo. Les ragots villageois ont alors attesté de ma folie. Personne n'avait encore jamais vu d'arbres bleus ! Et une pelouse ? Encore moins !  

Cette exubérance botanique avait effrayé voisins et amis. Les questions farfelues avaient fusés. Pourquoi diable ces arbres sont-ils bleus ? Et pourquoi pas après tout ? Cela avait été mon choix.  

Ma vie était devenue une toile bleue tendue sur l'infini. Des arbres bleus pour ne plus souffrir. L'admettre juste une fois.  

Un autre texte cadeau : 

Cathounille

offert par Mimi Pradoline
 

Un surnom qui rime avec chenille. Celui d’une amie. De mon amie.
Celle qui vit en Provence, dans un monde or et bleu.
Celle qui voue à sa perle claire l’amour indéfectible d’une mère aimante.
Celle qui offre ses mots à une muse lointaine. Femme amante d’un insaisissable aquilon soufflant sur une guitare métissée (sons tziganes encrés de Chine), elle explose de sensualité et de générosité.
Celle qui donne, donne, donne… et abrite nos émotions dans son nid azuré.
Celle qui pétille telle une bulle de champagne et se grise de poésie.
Celle qui parfois oublie. Qui parfois s’oublie. Qui parfois…
À toi, ma douce amie…
 

 


cathoune.JPG

 




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