Laisse-moi capter ta nuit.
Laisse-moi mettre mes pas dans les tiens, mon ombre dans la tienne, dans ces mêmes rues glauques, à la rencontre de tes fantômes. Je n’aurai pas peur. Mes propres fantômes sont déjà mon bouclier.
Laisse-moi te suivre au fond de ce café et m’asseoir à tes côtés ou même un peu plus loin. Je sais ces moments de plongeon dans les tréfonds, et de soi, et des autres.
Laisse-moi poser mes lèvres dans ton trop plein d’alcool, sur ton trop plein de silence, sur le trop plein de mots vains. Je connais ces non-dits, ces trop bus, ces gouttes qui font déborder le blues, ces coups qui font déborder les larmes.
Laisse-moi me poser au bord des mêmes eaux, plonger dans le même sombre remous du temps qui file, sous un ciel plein de nuit et de promesses réservées à d’autres, aux étoiles filant trop vite, beaucoup trop vite pour qu’on puisse même penser s’y accrocher. Je connais ces moments de flottement et je sais ramer.
Laisse-moi me retrouver sur la même lune, pour oublier ce qui se trouve un peu plus bas, tout en bas, dans l’enfer des pieds sur terre, des pied-à-terre, des va-nu-pieds, des va-t-en guerre. Je connais des pieds de nez.
Laisse-moi remettre mes pas dans les tiens, jusqu’à ta demeure. A pas de loup, je ne fais pas de bruit.
Laisse-moi enfin m’allonger près de toi et partager même tes cauchemars. Je saurai t’enlacer et ainsi lasser tes pires démons.
Et si tu veux alors m’enlacer... laisse-moi te capter dans ma nuit. Je saurai te libérer.







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