Acteplume

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  Entre autres signes

  Laisse-moi capter ta nuit.

  Laisse-moi mettre mes pas dans les tiens, mon ombre dans la tienne, dans ces mêmes rues glauques, à la rencontre de tes fantômes. Je n’aurai pas peur. Mes propres fantômes sont déjà mon bouclier.

  Laisse-moi te suivre au fond de ce café et m’asseoir à tes côtés ou même un peu plus loin. Je sais ces moments de plongeon dans les tréfonds, et de soi, et des autres.

  Laisse-moi poser mes lèvres dans ton trop plein d’alcool, sur ton trop plein de silence, sur le trop plein de mots vains. Je connais ces non-dits, ces trop bus, ces gouttes qui font déborder le blues, ces coups qui font déborder les larmes.

  Laisse-moi me poser au bord des mêmes eaux, plonger dans le même sombre remous du temps qui file, sous un ciel plein de nuit et de promesses réservées à d’autres, aux étoiles filant trop vite, beaucoup trop vite pour qu’on puisse même penser s’y accrocher. Je connais ces moments de flottement et je sais ramer.

  Laisse-moi me retrouver sur la même lune, pour oublier ce qui se trouve un peu plus bas, tout en bas, dans l’enfer des pieds sur terre, des pied-à-terre, des va-nu-pieds, des va-t-en guerre. Je connais des pieds de nez.

  Laisse-moi remettre mes pas dans les tiens, jusqu’à ta demeure. A pas de loup, je ne fais pas de bruit.

  Laisse-moi enfin m’allonger près de toi et partager même tes cauchemars. Je saurai t’enlacer et ainsi lasser tes pires démons.

  Et si tu veux alors m’enlacer... laisse-moi te capter dans ma nuit. Je saurai te libérer.


par Cath, Cathouche publié dans : Mes invité(e)s. Pour accueillir vos textes ! ajouter un commentaire commentaires (3)   

 

 A l'écho de ma voie. La.

Je pourrais me tenir sur le bout de ta bouche,
Pendue à tes lèvres, tout au bord de ton souffle.
Si tu me laissais faire et surtout, si j'osais.

Je pourrais m'installer à l'abri dans ton cou et puis, te respirer.
Je soufflerais mes mots au creux de ton oreille,
Si tu me laissais faire et surtout si j'osais.

Si tu me laissais faire et surtout, si j'osais,
Je dégringolerais de ta bouche à ton coeur,
Je te ferais entendre ce qu'il à me dire.


Si j'osais... si tu te laissais faire...

par Cath, Cathouche publié dans : Mes invité(e)s. Pour accueillir vos textes ! ajouter un commentaire commentaires (5)   
"Et quand on fait le tour 
Le total de l'amour 
C'est cadeau"

  J'ai des mots plein mes tiroirs. Ils parlent de la mer, des galets gris et d'un ilot insolent qui trempe sa roche en Méditerranée.

Pourtant, ce n'est pas Verone.

J'ai des mots plein mes armoires. Entre deux sachets de lavande, ils s'empilent. Ils parlent d'un muret à l'ombre d'un pin. Un homme s'avance. En contrebas, Apollon, tout en muscles, me sourit. Je m'en fous. Je veux les yeux de l'homme qui s'approche.

Et ça, ce n'est pas à Verone.

J'ai des mots plein mes sautoirs. A enfiler des perles, à coudre des virgules, à suspendre les points. A écrire mon paysage loin de Verone sur un banc entre deux rangées de marches, la nuit.

J'ai des mots et j'en fais quoi ?

Il me manque un bout de celui, particulier, que je ne peux saisir.

C'est une parole extraordinaire ...

Se tu mi darà l'altra metà ...

par Cath, Cathouche publié dans : micronouvelles ajouter un commentaire commentaires (1)   
Y'en a plein la table des coquillages.

Huîtres d'argent, perlées, plombées, outres flottantes.

Moules pleines aux chairs flasques. Des citrouilles dans des doigts de sorcières. Noir d'aniline fendu d'ocre.

Crevettes saumonées sur lits de feuilles de laitue.
Des crevettes partout. J'aurais pu manger les avocats si elles ne prenaient pas le bain dedans...

Y'en a plein la table de ces mets bizarres. Même pas ça me tente ... Faudrait que je puisse penser que ça se mange d'abord !

J'observe les huîtres, je cherche les ronds de nacre, je pense à la mer, à l'été, au sable doux.

Image des plongeurs qui rapportent des oursins malgré l'interdit. Couleurs des calanques, brunes, rousses. Mouettes bruyantes. Les mouettes se posent sur la plage et happent les quignons de pain, avides, coutumières...

... Huîtres aspirées par des bouches gourmandes, moules mastiquées, crevettes broyées.

Y a un type, là, en face de moi, qui se régale visiblement... Un type pas mal qui m'est familier et sympathique !

Mais... N'y songe pas ou je te transforme en pâté en croûte ! Tu ne m’embrasses pas, toi, avec ton filet de citron à la commissure des lèvres ! Non, n'y pense pas !
Noooon..!

Je t'avais prévenu: je suis une fée ... T'as l'air malin en pâté en croûte maintenant ... Que vais-je faire de toi ?
Remarque, j'aime bien ça, le pâté en croûte...





par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (3)   



Agates félines au khôl brun sous le casque court un peu rouge de cheveux fins. Amélie.
Bouche petite de manga a annoncé le menton en pointe volontaire. Une brune méchée d’auburn, des yeux bleus comme personne. Regard en caresse.

J’ai frissonné, souri, cédé. Sous les épaules carrées et le parfum boisé, j’ai fermé les yeux. Et sa main et sa bouche et sa voix sont venues chatouiller les plis de mes dentelles ... Et ma main et ma bouche et ma voix ont effleuré, mordu les seins si beaux d’Amélie.

Agates plongées dans mon ambre.
Le safre m’a gagnée et soumise et sous l’étreinte j’ai abandonné soupirs, râles et sursauts.
Vaincue par Amélie.


Aujourd’hui dans ma ligne de mire joue Mareva. Différente. Sauf le regard qui tue. Iris sombres nichés au creux d’amandes douces. Des talons hauts, du jasmin, des bijoux.
Rondeurs en finesse. Toucher en suspens. J’imagine d’autres amandes et d’autres bijoux sous le coton léger de Mareva.

Je vois bien son trouble. Dans son incertitude je lis la tentation.

Un jour j’irai à l’hôtel avec elle...
par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (2)   

Allégorie de l'apparence ... Ecrit pour l'Atelier Imaginair il y a deux ans je crois ... La cruche a besoin d'un coup de jet, il fait chaud ! Il faudra la dépoussiérer !


C'est la cruche que tu avais posée sur ma table d'écriture, un soir différent. Le trophée orné de ton sourire et des regards gentils. Tu as dit je l'ai trouvée dans un grenier. C'est un autre vert. Pour ta palette. L'inventaire de tes couleurs. Ensuite tu as pris dans ta grande main une poignée de mes cheveux épais, tendre. Et j'ai donné mes lèvres à l'expression aimable de tes yeux. Bistre amoureux.

Tant va la cruche à l'eau qu'à moitié vide il faut la remplir de ce nectar précieux... Etoile au firmament.

Longtemps elle est restée sur mon bureau, à ciel ouvert, unique.

Passent les jours, l'envie, tes mains dans d'autres chevelures, passent mes couleurs, ternit ma palette, fânent mes fleurs. Je ne cultive plus les violettes. Ni tes langueurs.

Elle a fini par te gêner la cruche. Difficile disais-tu de passer le chiffon à poussière. Elle ne faisait pas joli au milieu de la table, et ce n'était pas pratique. Au bord, un jour ou l'autre, elle serait tombée. On ne pouvait pas prendre le risque de la briser, non, on ne pouvait pas...

Chacun son tour, de temps en temps, nous versions en son ventre le liquide secret des amours qui perdurent.
Tu as suggéré de la placer sur l'étagère avec les verres précieux. Je n'ai pas osé te contrarier, tu avais ce si gentil regard...
Elle a servi les jours de fêtes. Outre à eau fraîche pour les invités...
Elle est sur la tablette en chêne. Plus personne ne la regarde...

Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin on se lasse.

par Cath, Cathouche publié dans : textescourts ajouter un commentaire commentaires (2)   

Ce texte-là...

          

 

Sur une feuille...

 Ecrire est un acte d'amour, s'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. (Jean Cocteau)

Je pourrais dire que ce n'est pas moi qui suis allé chercher cette idée, mais que c'est elle qui est venue me chercher. Un jour je l'ai trouvée sur moi et depuis ce moment-là, elle ne m'a plus quitté. (Roberto Benigni)

Quand une chose est belle, elle devient réelle. (Roberto Benigni)

On n'écrit rien en dehors de soi, ça n'existe pas. (Marguerite Duras)

Je voudrais mais je ce n'est pas sûr que j'écrive ce livre. C'est aléatoire.

(Marguerite Duras, C'est tout) 

S'il n'y a pas de musique dans les livres, il n'y a pas de livres. Ce qui veut dire que quatre-vingt-dix pour cent des livres ne sont pas des livres, mais des lectures, comme on lit le journal en prenant son bain. (Marguerite duras)

 

 

Traduire dans une autre langue ? C'est possible...


  

   

L'acte plume

L’acte plume n’est que toi, tout seul. Pour toi et parfois pour d’autres.

L’acte plume, c’est te poser, un moment, dans la folie ambiante, et oser le silence. Tout au bord de toi. Tu sais que tu vas te mettre en danger. Qu’en te retrouvant, tu risques de te perdre.

Le silence est celui qui t’anéantira de vide ou te propulsera ailleurs.  Il te sera, ou te fera violence. Te mettra à découvert. Sans un mot de celui-ci, tu resteras cloué sur place. Cette simple pensée te paralyse déjà. Mais trop de mots risquent aussi de te faire chuter.

Alors, tu guettes. Le premier frémissement. Celui qui te permettra l’envol.

Parfois, les vents sont favorables. Tu saisis alors des mots légers, des mots pleins de vie. Et t’envoles dans un grand éclat de rire. L’acte plume, c’est accepter le mot comme un cadeau cerf-volant et planer, armé d’un seul grand sourire.

Tu redoutes de voir apparaître les faux amis, ces doucereux, jolis mots. Tu sais que tu n’iras pas bien loin, avec eux. Il faudra donc te résoudre à ébouriffer le trop lissé. L’acte plume, c’est aussi savoir s’armer de patience, de vérité. Les mots réels, ceux qui te ressemblent, sans artifices, se cherchent pour mieux te trouver.

Celui que tu crains le plus, et pourtant le seul vrai voyage, aux issues incertaines, est l’acte plume aux forces dominantes. Il commence lorsqu’il fait noir. Qu’assaillis de mots fantômes, d’ombres, de spectres, les non-dits hurlent de souffrance. Avec eux, commence le combat. Entre toi et toi. A cause de qui, quoi ? Les causes seront tues. Tuées. Question de survie.

La plume est capricieuse. Rarement là où on l’attend. L’arme sera douce ou acérée. Vibrante ou tranchante. Mais la plume se doit d’être un acte.
 

Et cadeau. Même mortel.

Mais ici, chez Cathy, il est simple cadeau. Emballé de bleu.
 

Co errante, pour Cathy / Acteplume


Un autre texte cadeau : 

Bleu

offert par Blue Jam


   Le blues m'a rattrapé. Pas celui de la Nouvelle-Orléans. Non, l'autre. Celui qui fait souffrir. C'est la seule chose qu'elle m'ait laissé. Un bleu à l'âme. Dont acte. Je m'en suis accommodé. L'accepter représentait d'ailleurs la seule alternative viable, puisque cette amère blessure, je le savais, se raviverait continuellement. C'est un bleu infini qu'elle avait puisé dans sa palette.  

Depuis ma vie est monochromatique. Toute bleue. Mes tenues d'abord. De haut en bas, j'ai renouvelé tous mes vêtements. Beaucoup de bleu marine dans la mode. Tant mieux. Mes cheveux ensuite. Décoloration puis teinture. Mon coiffeur s'est régalé. Un bleu colbat distingué. J'ai commencé à avoir de l'allure.  

La maison ensuite. Nouvelle décoration. Parquet, papier-peint, carrelage et mobilier. Du bleu partout. Sans concession. Inattendu labeur que de dénicher des meubles bleus. J'ai dû en repeindre quelques-uns. J'ai opté pour le cyan, lumineux, apaisant. Et puis la façade, outremer, exotique.  

La maison transformée en annexe céleste avait extirpé de sa torpeur plus d'un congénère. Des volets bleus accrochés à des murs bleus. Incompréhensible ! Sans doute n'appréciaient-ils pas le bleu. C'est joli le bleu. Je me confonds avec lui.  

Et j'ai poursuivis avec conviction et vigueur dans le jardin. Le gazon vaporisé d'un bleu azur. Les feuilles des arbres badigeonnées d'indigo. Les ragots villageois ont alors attesté de ma folie. Personne n'avait encore jamais vu d'arbres bleus ! Et une pelouse ? Encore moins !  

Cette exubérance botanique avait effrayé voisins et amis. Les questions farfelues avaient fusés. Pourquoi diable ces arbres sont-ils bleus ? Et pourquoi pas après tout ? Cela avait été mon choix.  

Ma vie était devenue une toile bleue tendue sur l'infini. Des arbres bleus pour ne plus souffrir. L'admettre juste une fois.  

Un autre texte cadeau : 

Cathounille

offert par Mimi Pradoline
 

Un surnom qui rime avec chenille. Celui d’une amie. De mon amie.
Celle qui vit en Provence, dans un monde or et bleu.
Celle qui voue à sa perle claire l’amour indéfectible d’une mère aimante.
Celle qui offre ses mots à une muse lointaine. Femme amante d’un insaisissable aquilon soufflant sur une guitare métissée (sons tziganes encrés de Chine), elle explose de sensualité et de générosité.
Celle qui donne, donne, donne… et abrite nos émotions dans son nid azuré.
Celle qui pétille telle une bulle de champagne et se grise de poésie.
Celle qui parfois oublie. Qui parfois s’oublie. Qui parfois…
À toi, ma douce amie…
 

 


cathoune.JPG

 




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