Acteplume

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Commentaires

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  La première fois que je l'ai vu, j'ai su que je le détesterais. C'était un crâne. Un crâne lisse, lui¬sant, un oeuf rose méticuleusement frotté, lavé, bichonné au savon à la glycérine. Le crâne se mut vers l'arrière. Rien, pas un pli, ne délimitait le front. Deux petits yeux inquisiteurs me percèrent de part en part. La bouche, orifice sombre cerné de poils de barbe poivre et sel, presque sans bouger, s'entrouvrit et partit d'un Asseyez-vous distancié. Ce que je fis, mal à l'aise. Stupide! car après tout, ce n'est qu'un homme... et encore!, me dis-je. Si t'es impressionné, imagine-le aux toilettes, le pantalon sur les chevilles, l'oeil hagard et les joues grimaçantes sous l'effort de la pression exercée (conseil d'un ami expérimenté). Réussi! Enfin, presque... Je fixai les petits yeux inertes et la bouche maintenant disparue sous les poils courts de porc-épic. Monsieur Girault, Directeur de l'Institut Saint-Guy, section psychiatrie, était assis, les coudes appuyés sur ses genoux cagneux et la graisse fessière débordant de la planche des waters. Le spectacle! Je ne pouvais maî¬triser le sourire qui naissait en moi. Je le retenais de partout. Je le sentais poindre sur mes lèvres et sur¬tout dans mes yeux qui devaient briller, plus vifs. Les siens demeuraient secs. La bouche était gelée, les fesses serrées (ça, je l'avais deviné au froncement des sourcils qui accompagne toujours ce geste). Les yeux couraient sur mon Curriculum Vitae et les sourcils se resserraient de plus en plus formant un double sillon au milieu de la plaine lisse du front. Moi, concentré, j'imaginais toujours les fesses au bord de la crampe. L'orifice buccal s'ouvrit sur des dents jaunies, couleur cigare roulé main, genre Cuba.
- Pas d'expérience?
Difficile... je sortais de l'école (enfin!), j'avais appris beaucoup de choses (inutiles!), j'avais fait des stages (exploitation, oui!), j'avais surtout l'envie d'exercer ce métier d'éducateur spécialisé (faut bien ga¬gner sa vie!), j'étais décidé à y consacrer tout mon temps, même mes loisirs (là, j'exagérais!), je voulais...
Il me coupa. M'arrêta.
- Permettez!
Il décrocha le téléphone, appuya sur une touche. J'étais moi-même étonné d'avoir parlé ainsi, sans hésitation, avec une telle conviction, un tel sérieux, j'avais même oublié un instant l'image du gros bonhomme sur les toi¬lettes.
- Alice, à quelle heure encore ma rencontre avec le représentant de matériel médical? ... Rappelez-moi l'adresse du restaurant, je vous prie ... Vous connaissez? ... Que valent les ris de veau? Ils sont bien frais? ... Si vous n'avez rien d'autre à faire, accompagnez-moi ... Mais non ... bien au contraire ... (Gros rire) tout à l'heure ... non, je ne suis pas seul ... tout à l'heure ...
Il raccrocha. Resta un instant songeur. Puis, se souvenant de ma présence:
- Ainsi, vous n'avez aucune expérience!
J'eus alors la certitude d'avoir parlé à un mur d'indifférence, un mur de toilettes qui voit défiler un tas de gens, des femmes précieuses redevenues un instant naturelles, des hommes vulgaires face à leur ordi¬naire, des enfants infernaux enfin calmés, un Directeur d'institut psychiatrique définitivement constipé... Le sourire me revint et écarta la colère qui bouillonnait en moi.
- Non, Monsieur le Directeur. Je compte sur cet emploi pour faire mes premiers pas dans la profession.
- Je vois, je vois...
Il ne voyait rien du tout, il ne me regardait même plus. Je vois! Moi aussi je te vois. T'es ridicule! Tu t'y crois parce que tu diriges. Mais t'es qu'un type comme tout le monde. Tire la chasse!

Ernest J. Brooms

Pour le plaisir d'écrire : http://www.broomse.com

Nouvelles d'ici et d'ailleurs
par Cathouche publié dans : Mes invité(e)s. Pour accueillir vos textes ! communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs ajouter un commentaire commentaires (7)   

Commentaires

Tu parles que je suis pas peu fière de t'accueillir ici, t'es pas une plume banale, ça non ! Et puis l'humour c'est un domaine qui me plait aussi :)

Allez, voguent tes mots, bon vent !
commentaire n° : 1 posté par : cath (site web) le: 08/05/2008 14:00:42
Cath.,

Merci de m'accueillir. De faire vivre mes mots. De les libérer.
De les commenter. Mon blog "Pour le plaisir d'écrire" vous est ouvert. Ma Communauté "Nouvelles d'ici et d'ailleurs" vous attend... Au plaisir de vous lire tous et toutes,

EJB
commentaire n° : 2 posté par : Ernest J. Brooms (site web) le: 08/05/2008 15:19:36
Salut Ernest.

Pas besoin de faire un dessin, on suit l'entretien comme si on y était. Il me semble pourtant que de notre temps, on ne devait pas se battre autant pour trouver du boulot.
C'est donc de ton imagination fertile et de tes dons d'écriture que découle cette narration. On en redemande. @+. Rd.
commentaire n° : 3 posté par : raymondhenri le: 08/05/2008 22:15:21
que l'avenir nous préserve de ressembler à ces gens que nous méprisons ;-)
big bisous
commentaire n° : 4 posté par : fab (site web) le: 08/05/2008 22:26:58
Super!
J'adore toute la motivation qui s'en dégage...  C'est tellement vrai, "faut bien gagner sa vie".
Merci de dénoncer la vérité ;-) le triste sort des étudiants surexploités en stage!

Fort heureusement tous les "éducs spés" n'ont pas à subir ce genre d'entretien d'embauche...  le mien reste d'ailleurs un très bon souvenir! :-D
commentaire n° : 5 posté par : Mu le: 09/05/2008 11:19:10
J'aime beaucoup le réalisme de ce texte très bien écrit, le mépris du Directeur de l'Institut, le bouillonnement intérieur du jeune homme. Le mot de la fin est génial "Tire la chasse"
commentaire n° : 6 posté par : Loula (site web) le: 12/05/2008 14:09:22
Ni plus
Ni moins
Acceptter d'être uniquement un homme
Un être comme les autres
Ni plus
Ni moins
Un job à vie cependant
Inaccessible à beaucoup
Malheureusement...

Bel écrit, nobles idées en sous-sol, contemplation de la bêtise, je ne peux tirer la chasse sur ces bons mots.
commentaire n° : 7 posté par : hicham (site web) le: 12/05/2008 14:26:36

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Ce texte-là...

          

 

Sur une feuille...

 Ecrire est un acte d'amour, s'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. (Jean Cocteau)

Je pourrais dire que ce n'est pas moi qui suis allé chercher cette idée, mais que c'est elle qui est venue me chercher. Un jour je l'ai trouvée sur moi et depuis ce moment-là, elle ne m'a plus quitté. (Roberto Benigni)

Quand une chose est belle, elle devient réelle. (Roberto Benigni)

On n'écrit rien en dehors de soi, ça n'existe pas. (Marguerite Duras)

Je voudrais mais je ce n'est pas sûr que j'écrive ce livre. C'est aléatoire.

(Marguerite Duras, C'est tout) 

S'il n'y a pas de musique dans les livres, il n'y a pas de livres. Ce qui veut dire que quatre-vingt-dix pour cent des livres ne sont pas des livres, mais des lectures, comme on lit le journal en prenant son bain. (Marguerite duras)

 

 

Traduire dans une autre langue ? C'est possible...


  

   

L'acte plume

L’acte plume n’est que toi, tout seul. Pour toi et parfois pour d’autres.

L’acte plume, c’est te poser, un moment, dans la folie ambiante, et oser le silence. Tout au bord de toi. Tu sais que tu vas te mettre en danger. Qu’en te retrouvant, tu risques de te perdre.

Le silence est celui qui t’anéantira de vide ou te propulsera ailleurs.  Il te sera, ou te fera violence. Te mettra à découvert. Sans un mot de celui-ci, tu resteras cloué sur place. Cette simple pensée te paralyse déjà. Mais trop de mots risquent aussi de te faire chuter.

Alors, tu guettes. Le premier frémissement. Celui qui te permettra l’envol.

Parfois, les vents sont favorables. Tu saisis alors des mots légers, des mots pleins de vie. Et t’envoles dans un grand éclat de rire. L’acte plume, c’est accepter le mot comme un cadeau cerf-volant et planer, armé d’un seul grand sourire.

Tu redoutes de voir apparaître les faux amis, ces doucereux, jolis mots. Tu sais que tu n’iras pas bien loin, avec eux. Il faudra donc te résoudre à ébouriffer le trop lissé. L’acte plume, c’est aussi savoir s’armer de patience, de vérité. Les mots réels, ceux qui te ressemblent, sans artifices, se cherchent pour mieux te trouver.

Celui que tu crains le plus, et pourtant le seul vrai voyage, aux issues incertaines, est l’acte plume aux forces dominantes. Il commence lorsqu’il fait noir. Qu’assaillis de mots fantômes, d’ombres, de spectres, les non-dits hurlent de souffrance. Avec eux, commence le combat. Entre toi et toi. A cause de qui, quoi ? Les causes seront tues. Tuées. Question de survie.

La plume est capricieuse. Rarement là où on l’attend. L’arme sera douce ou acérée. Vibrante ou tranchante. Mais la plume se doit d’être un acte.
 

Et cadeau. Même mortel.

Mais ici, chez Cathy, il est simple cadeau. Emballé de bleu.
 

Co errante, pour Cathy / Acteplume


Un autre texte cadeau : 

Bleu

offert par Blue Jam


   Le blues m'a rattrapé. Pas celui de la Nouvelle-Orléans. Non, l'autre. Celui qui fait souffrir. C'est la seule chose qu'elle m'ait laissé. Un bleu à l'âme. Dont acte. Je m'en suis accommodé. L'accepter représentait d'ailleurs la seule alternative viable, puisque cette amère blessure, je le savais, se raviverait continuellement. C'est un bleu infini qu'elle avait puisé dans sa palette.  

Depuis ma vie est monochromatique. Toute bleue. Mes tenues d'abord. De haut en bas, j'ai renouvelé tous mes vêtements. Beaucoup de bleu marine dans la mode. Tant mieux. Mes cheveux ensuite. Décoloration puis teinture. Mon coiffeur s'est régalé. Un bleu colbat distingué. J'ai commencé à avoir de l'allure.  

La maison ensuite. Nouvelle décoration. Parquet, papier-peint, carrelage et mobilier. Du bleu partout. Sans concession. Inattendu labeur que de dénicher des meubles bleus. J'ai dû en repeindre quelques-uns. J'ai opté pour le cyan, lumineux, apaisant. Et puis la façade, outremer, exotique.  

La maison transformée en annexe céleste avait extirpé de sa torpeur plus d'un congénère. Des volets bleus accrochés à des murs bleus. Incompréhensible ! Sans doute n'appréciaient-ils pas le bleu. C'est joli le bleu. Je me confonds avec lui.  

Et j'ai poursuivis avec conviction et vigueur dans le jardin. Le gazon vaporisé d'un bleu azur. Les feuilles des arbres badigeonnées d'indigo. Les ragots villageois ont alors attesté de ma folie. Personne n'avait encore jamais vu d'arbres bleus ! Et une pelouse ? Encore moins !  

Cette exubérance botanique avait effrayé voisins et amis. Les questions farfelues avaient fusés. Pourquoi diable ces arbres sont-ils bleus ? Et pourquoi pas après tout ? Cela avait été mon choix.  

Ma vie était devenue une toile bleue tendue sur l'infini. Des arbres bleus pour ne plus souffrir. L'admettre juste une fois.  

Un autre texte cadeau : 

Cathounille

offert par Mimi Pradoline
 

Un surnom qui rime avec chenille. Celui d’une amie. De mon amie.
Celle qui vit en Provence, dans un monde or et bleu.
Celle qui voue à sa perle claire l’amour indéfectible d’une mère aimante.
Celle qui offre ses mots à une muse lointaine. Femme amante d’un insaisissable aquilon soufflant sur une guitare métissée (sons tziganes encrés de Chine), elle explose de sensualité et de générosité.
Celle qui donne, donne, donne… et abrite nos émotions dans son nid azuré.
Celle qui pétille telle une bulle de champagne et se grise de poésie.
Celle qui parfois oublie. Qui parfois s’oublie. Qui parfois…
À toi, ma douce amie…
 

 


cathoune.JPG

 




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