Acteplume

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  Devant elle, quelques feuillets étaient chiffonnés en boules rageuses.

  Elle suçait machinalement son crayon. Elle aimait écrire au crayon, le grattement de la mine de graphite sur le papier entraînait son imagination. L'odeur du bois lui rappelait l'école, des images d'enfance : des cahiers soulignés de rouge, des buvards roses tachés d'encre, l'odeur de colle, celle du bois brûlé dans le poêle de la classe, les fillettes en chaussettes blanches…

  Elle habitait la campagne alors. C'était avant… La vie avait passé si vite !


  Une vie est remplie de mille futilités et, soudain, on s'aperçoit qu'on a oublié l'essentiel, la structure qui aide à rester debout, à ne pas sombrer.

  Elle s'était dispersée, comme les autres. Mais, au fond, c'était peut-être cela vivre : des années passées à se laisser conduire, guider, instruire. Des années de soumission, même si en soi la colère, toujours présente, grondait. Des années à attendre une lettre ou l'été, la pluie ou l'amour.

  Elle avait été comme les autres, enchaînée à la routine, au nécessaire, à l'obligé. Elle avait été le témoin de sa vie, rarement l'actrice. Assoiffée d'infini, ivre d'absolu, toujours en équilibre entre le monde et ses rêves, elle avait laissé les autres décider pour elle. Ses parents l'avaient longtemps conseillée. Elle n'osait pas encore prendre une décision importante sans leur en parler.


  Elle avait décidé, pour la première fois, de forcer un peu le destin, elle rédigeait aujourd'hui une petite annonce à paraître dans le journal publicitaire local.

  Elle devait, en quelques mots justes, résumer sa personnalité, son attente.


  JF. 1m65, 60 kg, all.sportive, cheveux courts bouclés…

  Quelle marchandise était-elle donc pour se vendre ainsi au poids ou au mètre ? Non, elle devrait plutôt se mettre en valeur, parler de ses qualités.


  Ceci conviendrait peut-être mieux :

JF. 35 ans, modeste, assez timide, taille moy., pds. moy…

Quelconque en somme ! Qui aurait envie de rencontrer une telle fille ?


  Ou alors :


  JF. cél., douce et aimante, non fum., aimant les voyages…

  "Il" allait penser qu'il devrait lui payer des voyages ! Impossible de commencer comme cela !


  Que cherchait-elle au juste ?

  Une présence ? De la tendresse ? Une aventure ou la durée ? L'amour ? Ce mot était tellement vide de sens ou plutôt, il en avait trop. La romance les yeux dans les yeux, un besoin vital ou tout simplement l'union la "bête à deux têtes par quatre pieds finis" de Cocteau ?


  Certes oui, une faim profonde, violente, un désir de fusion totale, un désir charnel partagé par deux êtres avides de retrouver l'unité originelle…

  L'appétit sexuel, la complicité des corps, la faim de l'autre…

  JF. 35 ans, tjrs cél., désire renc. H. en vue satisf. bes. vitaux…


  Misérables désirs ! Épuisants désirs, épuisante recherche de l'autre ! Quelle fatigue, quelle perte de temps et d'énergie ! Que dire de cette angoisse récurrente de ne pas être assez bien, de ne pas répondre aux souhaits de cet Autre mythifié ?


  JF. 35 ans, assez jolie, enjouée, tim., souh. renc.H. âge corres. en vue procréation…

  Hum ! C'était un peu tard à 35 ans et surtout pas très sincère.


  Ce qui lui importe, c'est l'attirance physique, puis la satisfaction d'un désir longtemps réprimé. Ce qui lui importe, c'est de trouver l'ami de cÅ“ur mais aussi celui de l'âme, du corps. L'homme idéal… Pauvre midinette !

  JF. 35 ans, cél. ch. H âge en rapp. pour fusion tot., vampirisante, étouffante…

  Pourquoi pas ? C'est ce que tu cherches, non ? As-tu peur de la vérité ? As-tu honte de ton désir ?


  URG ! JF. 35 ans, cél. grd. bes. d'union physique imméd. et tot. ch. H âge en rapp., m. rech…


  Impossible ce soir encore de trouver les mots justes, ceux qui exprimeraient la véritable raison de sa recherche : son ras le bol de cette solitude sclérosante, invalidante. Elle voulait un partenaire qui répondrait à son besoin impérieux de se donner, de s'unir par la chair et par l'esprit si possible.

  Elle rassembla tous les essais de rédaction, les jeta dans la corbeille à papier.

  Demain, peut-être…



  Le miroir de la salle de bain reflétait un visage "moyen", aux traits "normaux", sans grand relief… Elle appliqua doucement ses doigts au bas de ses tempes et enfonça lentement mais avec détermination ses ongles. Puis, tout en maintenant une forte pression, elle descendit jusqu'au menton, traçant de longues lignes de désespérance, des traits rouges qu'elle ne pourrait pas masquer demain…

Par Cath, Cathouche - Publié dans : Mes invité(e)s. Pour accueillir vos textes ! - Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
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Livre



         

  La Ciotat, Le Bec de L'Aigle

Merci Clara pour la photo de couverture de mon livre que l'on peut désormais retrouver ici : link  

La rose d'encre en audio


TITEFEE, plume talentueuse qui publie sur Oniris, a pris ma nouvelle, La rose d'encre  link
pour l'animer de sa voix. Merci TITEFEE.

Musique de fond : Romance, Mozart.

                                                    


L'acte plume

L’acte plume n’est que toi, tout seul. Pour toi et parfois pour d’autres.

L’acte plume, c’est te poser, un moment, dans la folie ambiante, et oser le silence. Tout au bord de toi. Tu sais que tu vas te mettre en danger. Qu’en te retrouvant, tu risques de te perdre.

Le silence est celui qui t’anéantira de vide ou te propulsera ailleurs.  Il te sera, ou te fera violence. Te mettra à découvert. Sans un mot de celui-ci, tu resteras cloué sur place. Cette simple pensée te paralyse déjà. Mais trop de mots risquent aussi de te faire chuter.

Alors, tu guettes. Le premier frémissement. Celui qui te permettra l’envol.

Parfois, les vents sont favorables. Tu saisis alors des mots légers, des mots pleins de vie. Et t’envoles dans un grand éclat de rire. L’acte plume, c’est accepter le mot comme un cadeau cerf-volant et planer, armé d’un seul grand sourire.

Tu redoutes de voir apparaître les faux amis, ces doucereux, jolis mots. Tu sais que tu n’iras pas bien loin, avec eux. Il faudra donc te résoudre à ébouriffer le trop lissé. L’acte plume, c’est aussi savoir s’armer de patience, de vérité. Les mots réels, ceux qui te ressemblent, sans artifices, se cherchent pour mieux te trouver.

Celui que tu crains le plus, et pourtant le seul vrai voyage, aux issues incertaines, est l’acte plume aux forces dominantes. Il commence lorsqu’il fait noir. Qu’assaillis de mots fantômes, d’ombres, de spectres, les non-dits hurlent de souffrance. Avec eux, commence le combat. Entre toi et toi. A cause de qui, quoi ? Les causes seront tues. Tuées. Question de survie.

La plume est capricieuse. Rarement là où on l’attend. L’arme sera douce ou acérée. Vibrante ou tranchante. Mais la plume se doit d’être un acte.
 

Et cadeau. Même mortel.

Mais ici, chez Cathy, il est simple cadeau. Emballé de bleu.
 

Co errante, pour Cathy / Acteplume


Un autre texte cadeau : 

Bleu

offert par Blue Jam


   Le blues m'a rattrapé. Pas celui de la Nouvelle-Orléans. Non, l'autre. Celui qui fait souffrir. C'est la seule chose qu'elle m'ait laissé. Un bleu à l'âme. Dont acte. Je m'en suis accommodé. L'accepter représentait d'ailleurs la seule alternative viable, puisque cette amère blessure, je le savais, se raviverait continuellement. C'est un bleu infini qu'elle avait puisé dans sa palette.  

Depuis ma vie est monochromatique. Toute bleue. Mes tenues d'abord. De haut en bas, j'ai renouvelé tous mes vêtements. Beaucoup de bleu marine dans la mode. Tant mieux. Mes cheveux ensuite. Décoloration puis teinture. Mon coiffeur s'est régalé. Un bleu colbat distingué. J'ai commencé à avoir de l'allure.  

La maison ensuite. Nouvelle décoration. Parquet, papier-peint, carrelage et mobilier. Du bleu partout. Sans concession. Inattendu labeur que de dénicher des meubles bleus. J'ai dû en repeindre quelques-uns. J'ai opté pour le cyan, lumineux, apaisant. Et puis la façade, outremer, exotique.  

La maison transformée en annexe céleste avait extirpé de sa torpeur plus d'un congénère. Des volets bleus accrochés à des murs bleus. Incompréhensible ! Sans doute n'appréciaient-ils pas le bleu. C'est joli le bleu. Je me confonds avec lui.  

Et j'ai poursuivis avec conviction et vigueur dans le jardin. Le gazon vaporisé d'un bleu azur. Les feuilles des arbres badigeonnées d'indigo. Les ragots villageois ont alors attesté de ma folie. Personne n'avait encore jamais vu d'arbres bleus ! Et une pelouse ? Encore moins !  

Cette exubérance botanique avait effrayé voisins et amis. Les questions farfelues avaient fusés. Pourquoi diable ces arbres sont-ils bleus ? Et pourquoi pas après tout ? Cela avait été mon choix.  

Ma vie était devenue une toile bleue tendue sur l'infini. Des arbres bleus pour ne plus souffrir. L'admettre juste une fois.  

Un autre texte cadeau : 

Cathounille

offert par Mimi Pradoline
 

Un surnom qui rime avec chenille. Celui d’une amie. De mon amie.
Celle qui vit en Provence, dans un monde or et bleu.
Celle qui voue à sa perle claire l’amour indéfectible d’une mère aimante.
Celle qui offre ses mots à une muse lointaine. Femme amante d’un insaisissable aquilon soufflant sur une guitare métissée (sons tziganes encrés de Chine), elle explose de sensualité et de générosité.
Celle qui donne, donne, donne… et abrite nos émotions dans son nid azuré.
Celle qui pétille telle une bulle de champagne et se grise de poésie.
Celle qui parfois oublie. Qui parfois s’oublie. Qui parfois…
À toi, ma douce amie…
 

 


cathoune.JPG

 




Sur une feuille...

 Ecrire est un acte d'amour, s'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. (Jean Cocteau)

Je pourrais dire que ce n'est pas moi qui suis allé chercher cette idée, mais que c'est elle qui est venue me chercher. Un jour je l'ai trouvée sur moi et depuis ce moment-là, elle ne m'a plus quitté. (Roberto Benigni)

Quand une chose est belle, elle devient réelle. (Roberto Benigni)

On n'écrit rien en dehors de soi, ça n'existe pas. (Marguerite Duras)

Je voudrais mais je ce n'est pas sûr que j'écrive ce livre. C'est aléatoire.

(Marguerite Duras, C'est tout) 

S'il n'y a pas de musique dans les livres, il n'y a pas de livres. Ce qui veut dire que quatre-vingt-dix pour cent des livres ne sont pas des livres, mais des lectures, comme on lit le journal en prenant son bain. (Marguerite duras)

 

 

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