Je détache le petit objet pour accrocher son shorty en bas de l'étendoir.
Non ! Non ! La bleue, j'en ai besoin ! M'explique sa frimousse qui grimace devant ma logique défaillante. Tiens ! Prends plutôt celle-là !
Je n'ai pas le temps d'accepter sa proposition : une pince à linge jaune attrape le vêtement. Et le tour est joué !
J'accroche les chaussettes avec les blanches un peu vieilles qui font grise mine, les tricots avec les jaunes, parce que les rouges, les bleues, les vertes, ça non, c'est impensable, elles servent à créer des maisons qui dégringolent, des triangles et des carrés ...
Son père demande : t'as pas des jouets ? C'est ... Tu comprends, on a fait une deuxième lessive et il risque d'en manquer ... Les pinces ...
Oui, je sais, elle répond, mais y'a pas de vent, il tient le linge, là, sur le fil, et je joue pas, je fabrique !
Comment ne pas capituler ? C'est tellement évident !
Il s'éloigne, amusé, la bassine vide sous le bras prête à accueillir le linge fraîchement tourné.
Ca sent l'assouplissant à la lavande. Ca sent la plénitude.
Elle rêve, allongée sous les serviettes étendues. Elle crée des formes, imbrique, clique, défait pour refaire ...
Il revient avec un bouillon de draps propres sous son nez et un petit panier en plastique qui contient... des pinces en bois.
Il me sourit. Il est beau quand il me sourit. Doucement il dépose le tout sur le sol.
Draps tirés d'un bord à l'autre du fil claquent, étalent blancheur et fraîcheur, impudiques. Des oreilles de bois clair leur donnent une drôle d'allure !
Il n'a pas vu une petite main plonger dans le panier et en extraire quatre ou cinq pincettes en bois. Il regarde les roses en bouton et les jeunes aubergines s'épanouir au soleil.
Elle est ravie. Elle murmure voilà, ça c'est la rose et ça c'est la orange. Et puis il me manquait la marron ...
Elle lève vers moi son beau regard. Elle me sourit. Elle est si jolie quand elle me sourit. Elle m'interroge. Et celle-ci tu vois Maman, elle n'est ni rose ni orange, sa couleur c'est entre les deux, je l'imagine, mais je trouve pas le mot ... Regarde, d'après toi ...
Je saisis, l'air attentif, l'objet beige en bois râpeux, je l'observe un bon moment ...
Eh bien je dis, c'est saumoné on dirait ! Hum ! C'est saumoné !
L'échafaudage repart. Moi, je divague. Mon attention s'égare dans les aubergines.
Flash back. Dans notre maison de ville Maman accrochait les pulls au fil tendu sous les grandes fenêtres qui donnaient sur la rue calme.
Tu m'en passes une autre mon amour ?
Je lui tendais les jaunes, gardais les bleues et les vertes et celles en bois, mes préférées.
Installée sur le sol frais de la grande pièce calme, j'inventais des figures et des histoires. C'était bon, c'était grand.
Tu m'en passes une autre Mam' ?
Ils ont noté mon absence et ils se sourient. Ils sont si beaux quand ils se sourient. C'est bon, c'est grand.
Ca sent l'assouplissant à la lavande. Ca sent la plénitude.







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